Confinement et télétravail. Voilà deux situations qui devraient combler tout lecteur ou toute lectrice, si toutefois il ou elle n’est pas surchargé(e) de tâches domestiques en sus des professionnelles. Car l’une et l’autre condition est propice à la lecture. Se calfeutrer agréablement permet de s’embarquer dans une traversée de pages au long cours. Tout interstice temporel, dans la journée de travail chez soi, permet de saisir son livre et de s’y replonger. Ah! cette pause de midi où l’on peut se gorger de fiction! Ce petit quart d’heure où lire la fin d’un chapitre et ces soirées de lecture qui commencent, à peine, l’écran de l’ordinateur éteint et la case «indisponible» dûment cochée sur les messageries multiples.

Ecran éteint? Pas forcément, car télétravail et surtout confinement ont invité aussi, il faut bien le noter, à la consommation effrénée du livre électronique. C’est si simple de télécharger, sans devoir bouger, un titre désiré et de le voir apparaître dans la minute, intégral, complet, disponible, prêt à s’ouvrir au doigt et à l’œil. Personnellement, je crois bien n’avoir jamais autant téléchargé de livres qu’au printemps dernier, lorsque la pandémie en était à ses débuts. J’avais alors une si bonne excuse pour privilégier ma tablette que je me suis déchaînée.

Grand bain de papier

Au point de frôler l’overdose. Hé oui! Dès que les librairies ont rouvert, moi qui reçois pourtant des tonnes de livres à la rédaction, je me suis précipitée pour prendre un grand bain de papier. Je voulais lire en tournant des pages, en écornant des feuilles, avec les couleurs, l’odeur et surtout le toucher: couvertures lisses ou gainées, feuillets à la douce porosité – au grain plus ou moins serré – et aux infinies et délicates nuances de blanc. Quel bonheur, quelle sensualité retrouvée! Et cette impression de cheminer tranquillement, un trésor entre les paumes.

Cependant, tout n’est pas blanc non plus au royaume du papier. Les livres pèsent leur poids et prennent leur place. Les stalagmites d’ouvrages (tsundoku quand tu nous tiens!) ont recommencé à pousser dans mon salon, les rayons de mes bibliothèques à se dédoubler et la table de chevet à crouler sous les nouveaux livres. Et puis, les caractères des textes ne bougent pas: plus moyen de les agrandir d’un coup d’aile! Mes yeux soulagés par la disparition de la lumière bleue peinent désormais sur la taille des lettres.

Les livres me sont chers, indispensables, nécessaires qu’ils soient de l’un ou de l’autre bord

Au terme d’un confinement sur mon écran et d’un été, doublé d’une rentrée, voué aux joies du papier, une conclusion s’impose: les livres me sont chers, indispensables, nécessaires qu’ils soient de l’un ou de l’autre bord. Et tout l’art de la lectrice que je suis est de continuer à valser, à papillonner, sans tomber d’un côté ou de l’autre, à jouer les funambules entre les cristaux et l’encre, entre une surface rétroéclairée et ma lampe de chevet, entre la fascination de l’instantané et des bonheurs plus lents mais plus palpables.


Lire aussi d’autres chroniques «Caractères»: Quelles lunettes en temps de confinement?

Quand la «quarantaine» était une étape obligée du Voyage en Orient

Vous avez atteint votre objectif de lecture quotidien