On se souvient de l'émoi soulevé par l'annonce, à la fin des années 80, du départ de la majeure partie de la collection Thyssen du Tessin. Certains considéraient même ce transfert comme une trahison. Mais on a trop peu ici la reconnaissance des mécènes et de leur apport pour que la Suisse ait pu rivaliser avec des propositions venues d'ailleurs.

On peut accuser la dernière épouse espagnole du baron d'avoir su faire jouer la corde nationale, mais il saute aux yeux que le Palais Villahermosa, où est maintenant logée la collection à Madrid, offre une tout autre situation que la Villa Favorita, aussi belle soit-elle. Ne serait-ce qu'au niveau des surfaces d'exposition, de 1000 m2 à Lugano mais de 6000 m2 pour l'institution madrilène. De quoi mettre généreusement en valeur les quelque 800 œuvres que compte actuellement cette collection, l'une des plus importantes constituées par un particulier.

Construit au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, le Palais Villahermosa est un bon exemple de l'architecture néoclassique madrilène. Rénové par l'architecte Rafael Moneo pour l'adapter aux conditions de la muséologie moderne, il compte trois étages pour la présentation de la collection et un sous-sol pour les expositions temporaires. Entre des murs saumon clair, le parcours s'enchaîne de manière chronologique, des primitifs italiens jusqu'au pop art américain. Et sa caractéristique fait qu'il complète aussi bien la collection de peinture ancienne du Musée du Prado que celle de peinture moderne du Centre d'art Reine-Sofia, tous deux proches. Un triangle plutôt attirant!