S'il fallait retenir une chanson, une seule, de la Fat White Family depuis leur formation en 2011, ce serait assurément Whitest Boy On The Beach, littéralement «le garçon le plus blanc sur la plage». Une balade hypnotico-sensuelle trop intrigante pour être négligée, et qui déclenche des sentiments tout de même bien contrastés. Un sens du rythme évident, d'abord, dans le même esprit que celui de l'album Songs For Our Mothers – leur deuxième, sorti en 2016. Une gêne certaine devant leur clip, aussi, fait de têtes rasées en direct et de massages crâniens avec des poulpes. Et puis la peur, également. Les membres de la Fat White Family sont plus que blancs, effectivement. D'une pâleur terrifiante. Sans même évoquer leur maigreur. On se demande comment Saul Adamczewski, l'un des deux leaders avec Lias Saoudi, parvient à tenir debout sans s'effondrer. Clairement, le groupe ne respire pas l'alimentation bio et les régimes dissociés.

Trois ans après ce fait d'armes, les voilà en Suisse pour deux dates. Un petit miracle tant les dernières années ont été agitées. Le groupe a dû se résoudre à virer Adamczewski un bon moment, afin qu'il règle des problèmes de dépendances. Puis à quitter la capitale anglaise pour Sheffield, dans un réflexe de survie: «A Londres, on plongeait de plus en plus profond dans la drogue. Monter dans le nord, c'était éviter au groupe de s'effondrer», racontait Lias Saoudi au printemps dernier, dans une interview donnée à Rock & Folk. Ils nous offrent aujourd'hui Serfs Up!, clin d'œil politique au Surf's Up des Beach Boys, puisqu'il y est question de Brexit, de terrorisme écologique et de dérives populistes perdues d'avance. Un troisième album beaucoup plus «propre» et apaisé que le précédent, presque dansant parfois, même si toujours rempli de cette énergie qui navigue entre colère et nihilisme revendiqué.

Si le mot punk a encore un sens aujourd'hui, c'est bien chez Lias Saoudi qu'on peut le trouver. Pour le côté décadent – ses prestations scéniques en slip ou pleines de crachats en direction du public –, mais aussi son propos en roue libre: appels répétés à Mac DeMarco à arrêter la musique sous peine de rejoindre l'état islamique, des envies de bombes sur Disneyland, et bien d'autres encore. Mais on est très loin ici de la simple provocation. Il y a une vraie vision du monde derrière les formules lâchées pour le fun, et des questionnement existentiels d'une profondeur parfois stupéfiante. Malgré des projets parallèles plus qu'intéressants (Insecure Men pour Adamczewski, The Moonlandingz pour Saoudi), c'est quand ils travaillent ensemble que ces deux-là donnent leur meilleur. Notamment sur scène, où tout – absolument tout – est possible.


Fat White Family, «Serf's Up!» (Domino/Irascible). En concert le 26 septembre à Lausanne (Les Docks).