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«Fatale-Station», les dessous d’une intrigante série TV québécoise

Montré par Arte, ce feuilleton du Québec, western contemporain, sort en DVD. Son créateur Stéphane Bourguignon raconte l’aventure d’une fiction originale

Sarah fuit un agresseur et arrive à la petite gare ferroviaire de Fatale-Station. Charmante bourgade, avec son restaurant chinois au centre, sa jolie boucherie. Le village est dominé par O’Gallagher, une vétérane dure à cuire, qui impose le mot d’ordre: à Fatale-Station, on ne veut pas de Sarah. Montrée par Arte et publiée en DVD, cette série ramène au premier plan la qualité et la fantaisie québécoises. Stéphane Bourguignon, son créateur, raconte l’aventure d’un feuilleton original.

Le Temps: A lire le résumé, on peut être inquiet, on redoute une énième resucée de «Twin Peaks»…

Stéphane Bourguignon: Mais il n’y a rien d’irrationnel. J’ai d’abord présenté le projet sans son aspect final de thriller. C’étaient les mêmes personnages, mais dans une autre structure. Le diffuseur [Radio-Canada] a aimé le projet, mais ne savait pas comment le prendre… J’ai donc tout repensé, en ajoutant cette dimension de thriller, avec des enjeux de vie ou de mort. Le diffuseur a vu trois scénarios, a fait ses commentaires, et comme ça, nous sommes entrés dans une machine qui veille sur nous.

Cela laisse penser que la chaîne a une grande influence?

Les chaînes sont moins invasives au Québec qu’en France, par exemple. Le diffuseur surveille la patente, mais dès lors qu’il dit oui, on a une grande liberté. En plus, Arte a préacheté la série en ayant tout lu, ce qui a permis des échanges fun et constructifs, cela a apporté une plus-value.

Maintenant, comment présentez-vous votre série?

Au fond, c’est un western. On en utilise les codes, dès l’arrivée à la gare. Avec pour thèmes de fond, le fait de protéger sa maison et sa vie, ainsi que la vengeance.

Arte diffuse ses séries originales ou achetées le jeudi, les Danois aiment le dimanche: comment cela se passe-t-il au Québec?

Sur Radio-Canada, il y a normalement des créneaux les lundis, mardis et mercredis soir. Parfois même quatre soirs dans la semaine.

A chaque fois, une série inédite? C’est considérable!

Oui, mais pas avec les mêmes budgets. Fatale-Station se situe dans le haut de l’échelle, à 700 000 dollars par épisode [550 000 francs, à peu près la même enveloppe que les séries RTS]. Il y a les téléromans, qui coûtent moins et qui sont tournés vite.

Pour vous, tout s’est fait en studio?

Au contraire, presque rien. Seule la chambre d’hôtel de Sarah est en studio. Nous avons tourné en extérieur, dans des vrais villages. Le principal lieu de tournage n’est pas loin de Montréal, pour une raison de budget: entre 40 et 80 kilomètres, il y a des dédommagements imposés, il faut plus de repas et de temps libre pour l’équipe. Passé 80 kilomètres, il faut les loger… Nous avions un plateau de 50 personnes, nous ne pouvions pas payer pour une grande distance.

Certains amateurs reconnaissent le comédien Claude Legault, mais sinon vos acteurs sont peu connus…

Claude Legault est la plus grande vedette du Québec. Micheline Lanctôt, qui joue O’Gallagher, est aussi très connue. Macha Limonchik, qui joue Sarah, est ma femme, nous nous sommes connus sur le plateau de ma première série. Elle a encore une virginité par rapport au public, elle rend possible un mystère du personnage. Si nous avions choisi une actrice très connue, l’identification aurait été moins forte.

L’air du temps politique est au retranchement, aux partis souverainistes. Chez vous, un personnage, concurrent politique du maire, fait campagne en scandant «C’est moi qui décide», et O’Gallagher verrouille tout. Votre série est une métaphore de l’extrême droite – ou gauche…

Pas d’extrême droite. La façon de gérer d’O’Gallagher tient du socialisme. Elle fournit du travail, elle nourrit les gens, elle s’arrange pour que tout le monde soit bien, mais d’une manière qui ne laisse aucune option à personne. Sarah, l’arrivante, est dangereuse pour la paix sociale. Il y a aussi une présence autochtone, qui pose la question de l’ouverture: au Québec, encore beaucoup de gens ne veulent rien avoir à faire avec les autochtones.

Au niveau fédéral, vous avez Justin Trudeau, c’est plus glamour que Donald Trump…

Oui, mais n’oubliez pas que nous avons eu Stephen Harper [le précédent premier ministre canadien, conservateur]. Il n’était pas loin de Donald Trump, quand il empêchait les journalistes d’accéder à certains endroits, quand il refusait toutes formes de réponses… Il y a eu de quoi s’inspirer pour la fiction.


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