Dans l’islam, Dieu a 99 noms, et celui qui les dénombre peut entrer au paradis. La narratrice de La Petite Dernière, elle, n’en a qu’un – Fatima Daas, exactement comme l’autrice qui signe ce premier roman. Dans l’islam, Fatima est un personnage important. C’est la plus jeune fille du prophète Mohammed, «un nom auquel il faut rendre honneur, un nom qu’il ne faut pas «salir», comme on dit chez moi». Pour Fatima Daas, ce n’est pas un prénom facile à porter: benjamine de sa famille, née sans avoir été désirée, elle a enterré les espoirs de ses parents qui rêvaient d’accueillir un fils et n’aime des garçons que les accessoires dont ils usent.

Fil rouge

Dans ce roman sans fard ni bijoux mais raconté à la première personne, cette complexité est un fil rouge, couleur de la filiation. Il articule entre eux les fragments d’un autoportrait qui s’esquisse entre le désir d’allégeance (à la religion, à la culture des parents, à la langue de leur pays) et le besoin d’émancipation. De la naissance de Fatima Daas à celle du livre que le lecteur s’apprête à refermer, La Petite dernière est la confession à tâtons d’une jeune femme qui lutte pour se construire en conciliant des facettes de son identité a priori antinomiques.