Après avoir grandi dans un quartier défavorisé de New York puis obtenu une bourse pour étudier à l’université de Californie, Neal Shusterman écrit son premier roman en 1988 et se spécialise rapidement dans la littérature de jeunesse et pour adolescents. S’ensuit le début d’une carrière importante et une bibliographie imposante récompensée par de nombreux prix dont La Faucheuse est le dernier-né.

Au troisième siècle de notre ère, en Midamérique, les Hommes ont vaincu la mortalité. Pour réguler la population mondiale, un groupe est désigné pour tuer un quota de personnes par an: ce sont les Faucheurs. Rowan et Citra sont deux adolescents très différents qui viennent de côtoyer la mort de près. Maître Faraday décide d’en faire ses apprentis. Ils vont donc devoir étudier les secrets de cette caste en apparence intouchable qui ne respecte aucun code sauf le sien. L’apprentissage prend un tournant dramatique lorsqu’on leur annonce qu’un seul d’entre eux pourra accéder au titre de Faucheur et que sa première tâche en tant que telle sera de glaner la vie de l’autre.

Qui doit être «glané»?

Neal Shusterman construit ici une utopie dans laquelle les protagonistes croient. Pas de combat contre le gouvernement, pas d’inégalités, le système marche, notamment grâce au Thunderhead, une entité artificielle qui gère désormais la planète et a su exterminer la pauvreté, la famine et les maladies. Mais cette société en apparence parfaite possède bien un dysfonctionnement: la mort. Comment choisir qui doit être «glané» et par quel moyen?

L’histoire nous offre une réflexion atypique sur le pouvoir, l’immortalité et le rôle de la mort. Cette dernière terrorise, mais semble pourtant nécessaire pour profiter pleinement de la vie. Ceux qui ne la subissent plus depuis trop longtemps ne trouvent plus de sens à leur existence. Au fil de l’apprentissage des deux héros, on découvre un grand nombre de détails sur la caste des Faucheurs, notamment la profonde fracture entre ceux qui possèdent un vrai sens moral et ceux qui n’ont plus que le goût du meurtre.

Tension psychologique

Neal Shusterman dévoile un incroyable équilibre entre fiction et crédibilité. Le tout n’en est que plus percutant tandis que la tension psychologique omniprésente augmente crescendo aux côtés d’une palette de personnages fouillés et réalistes. La Faucheuse est un roman qui se place dans la lignée des meilleures dystopies pour adolescents et ravira les amateurs du genre en recherche d’originalité.


Neal Shusterman, «La Faucheuse», Robert Laffont, 504 pages