Leurs regards, déjà, sont formidables. Dans les dix premières minutes du début de la série médicale Hippocrate (saison 2), on a les yeux ébahis d’Alyson (Alice Belaïdi) lorsque les jeunes médecins apprennent qu’ils vont devoir faire dans les urgences; les prunelles de Chloé (Louise Bourgoin), qui trahissent son malaise croissant et, dans le même temps, sa surprise d’être associée à l’action alors qu’elle a été collée aux tâches administratives après ses soucis de santé; plus tard, l’attitude d’Hugo (Zacharie Chasseriaud), lequel ne peut cacher son hésitation vocationnelle. Et encore, Arben (Karim Leklou), chassé par les circonstances, qui revient sans vouloir revenir, regard paniqué.

Hippocrate entame un deuxième chapitre sur Canal+, et on serait tenté d’écrire de grasses tartines de mise en contexte. Le feuilleton de Thomas Lilti, médecin à l’origine, sort en pleine pandémie, alors que les systèmes hospitaliers sont mis à la fois en lumière et à genoux depuis un an. Au reste, le scénariste et réalisateur, qui avait d’abord fait un long métrage du même titre, est lui-même retourné au service des patients durant la première vague.

Des mots de l’équipe et notre enthousiasme devant la saison 1: «Hippocrate», la meilleure série médicale depuis «Urgences»

De surcroît, tout avait commencé par un virus. Dans la première saison, le quatuor central, des médecins assistants, se frottait aux affres de la médecine interne parce que les pontes de cet hôpital de ville moyenne étaient frappés par une méchante maladie virale. Le créateur a fait reposer la mise en danger de ses personnages sur une potentielle charge épidémique – les chefs étaient placés en quarantaine.

La crédibilité est établie

Pourtant, Hippocrate n’a pas besoin d’une résonance directe à la première actualité mondiale pour briller. Elle est passionnante, prenante, bouleversante parfois, parce qu’elle se nourrit d’un constant réalisme.

Si la pandémie a bien sûr marqué la préparation de cette deuxième saison, au stade où nous l’avons vue, il n’y a pas d’allusion au virus. Et on ne le regrette pas: la crédibilité du projet est déjà prouvée, nul besoin d’en rajouter.

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Les urgences, un artifice dramatique

Pour cette suite directe des aventures des quatre, Thomas Lilti et ses auteurs font certes une petite concession aux impératifs dramatiques: en confrontant leurs jeunes héros à la vie des urgences, qui plus est dans un double contexte de crise, ils se donnent les moyens de maximiser le suspense hospitalier. Le savoir-faire en matière de tension extrême, à base de défis médicaux, se révèle dès le deuxième épisode, au cœur d’un caisson hyperbare où Hugo accompagne des personnes intoxiquées au monoxyde de carbone dans un hôtel.

Et des intoxiqués, puisqu’on en parle, il y en a une grosse vingtaine, sans compter les secouristes qui ont inhalé l’air vicié de l’hôtel. En temps normal, l’hôpital aurait déjà de la peine à accueillir un tel afflux de malades, dont au moins quatre sont dans un état grave. Mais en sus, les urgences ont été inondées la veille, l’institution est chamboulée. Il a fallu placer les lits là où c’était possible, c’est-à-dire n’importe où.

La crise du système de santé exposée

Double crise, donc. Qui met le quatuor au défi de manière encore plus intense que durant la première livraison. Les arcs narratifs se devinent assez vite: Alyson se révèle dans l’épreuve mais risque parfois de fléchir, Hugo doute, Arben rêve de revenir, et Chloé vit un purgatoire corporel, tirée vers le bas parce qu’elle a nié son problème physique… On l’a deviné, leurs nouvelles et interminables journées racontent la crise du système hospitalier, son incapacité à tenir toutes ses promesses, la dureté du choix quand se pose la question de la priorité des soins selon les moyens à disposition. En sus, les auteurs et réalisateurs se dotent d’un extraordinaire atout, un vétéran tatoué, le docteur Brun (Bouli Lanners, une révélation), qui encadre les jeunes durant cette propulsion aux urgences.

Dans les rares moments d’accalmie, on se surprend à rêver. Et si, avec son habituelle précision, le feuilleton déroulait le destin de ses quatre figures jusqu’à ce qu’elles atteignent le niveau du docteur Brun? Comme dans un soap d’ultraluxe, Alyson, Chloé, Arben et Hugo grandiraient, vieilliraient devant nous, avec nous. Il y a une vingtaine d’années d’écart. Au moins vingt saisons d’Hippocrate: chiche, Canal+?


«Hippocrate», saison 2. Série en huit épisodes, sur MyCanal ou le lundi soir sur Canal+.