Une musicienne raconte l'épreuve au quotidien

Aline Champion a gardé une fraîcheur typiquement latine. Pourtant, lorsqu'elle parle de son orchestre, cette violoniste d'origine genevoise laisse transparaître une pointe de fierté toute germanique. Après ses études à Sion auprès de Tibor Varga, elle a poursuivi son cursus en Hollande. Elle évoque les prises de décision systématiquement démocratiques de l'ensemble berlinois: «Lorsque Thomas Grube nous a présenté ses idées, nous avons voté, lors d'une séance à huis clos. Nous n'avions aucune idée de ce qu'il allait faire, j'étais aussi curieuse qu'effrayée. Il m'a posé des questions très intimes, qui m'ont fait réfléchir.» C'est que les musiciens ne sont pas habitués à dévoiler leurs fêlures. «On est tout le temps sur scène, un lieu où il n'y a pas de place pour montrer ses sentiments.» Et les inévitables frictions au sein du groupe? «Il faut apprendre à vivre avec, à survivre dans cette société. C'est normal pour un orchestre de cette qualité, dans lequel il y a de très fortes personnalités, beaucoup d'ego.» Des caractéristiques d'ailleurs requises. «C'est pour cela que l'orchestre joue si bien! Chez les violonistes, par exemple, il ne s'agit pas de reproduire 18 fois la même chose, chacun joue différemment, dans un cadre bien défini. Mais, dans ce cadre, je peux être moi. Et à force de discipline et d'écoute, chacun trouve sa place, ce qui forme ce son si particulier, large et riche.»