Dune, la saga iconique écrite par Frank Herbert, était attendue avec ferveur par les amateurs de science-fiction. L’adaptation cinématographique de la première partie du roman a coûté près 165 millions de dollars et offre un prestigieux casting en réunissant Zendaya, Oscar Isaac, Timothée Chalamet, Josh Brolin, Javier Bardem et Rebecca Ferguson. Le film aurait dû sortir au cinéma le 23 décembre 2020, mais sa sortie a été repoussée à la suite de la crise sanitaire. Pour l’Europe, le Graal c’était hier, 15 septembre. En Amérique du Nord, il faudra encore patienter jusqu’au 22 octobre.

Unanimité sur l’esthétique

Alors? Sa sortie dans les salles européennes ce mercredi a été un vrai succès. En France, c’est le cinquième meilleur démarrage national de l’année. A Paris, le nombre d’entrées a dépassé celui atteint par Fast and Furious 9, Kaamelott ou OSS 117. Des résultats qui laissent espérer qu’on pourra, un jour, voir la suite de Dune – Partie 1: le studio Warner Bros a déclaré attendre de voir la performance de ce premier volet avant de donner son feu vert pour un deuxième tournage. Mais avant tout, une question se pose: le film tient-il ses promesses?

A en croire les critiques, oui. L’univers du livre culte publié en 1965 est sublimé. Le Temps qualifie le film de «saisissante réussite esthétique», Le Monde évoque une «esthétique très réussie» et Le Figaro une «majestueuse fresque d’anticipation écologique». Ouest-France parle d’une adaptation «flamboyante». Pour Télérama , elle est «personnelle et convaincante». GQ décrit une réalisation à la «beauté renversante».

Le cinéaste québécois Denis Villeneuve a relevé «le plus grand défi du projet, écrit Cnet, le site spécialisé dans le high-tech: donner corps à […] toutes ses dimensions abstraites». Plus proche de nous, la Tribune de Genève note un judicieux «équilibre des détails, de nuances», alors que le journal Le Matin trouve ce film «visuellement monumental».

Lire le compte rendu émerveillé de notre critique, Antoine Duplan: «Dune», le sable dont on fait les rêves

Pour le critique du Monde, Denis Villeneuve renoue ici «avec les règles de la tragédie» et «a su imposer un monde qui, en dépit de sa grande violence, relève d’une esthétique du retrait. Chuchotis, voix intérieures, corps en lévitation, visages et intentions voilés, manœuvres de coulisses, trahisons silencieuses, visions du futur en apesanteur.»

Celui du magazine GQ apprécie particulièrement le fait que Dune «expose sans ambiguïté des réflexions liées à l’impérialisme, l’exploitation de ressources étrangères et les désastres écologiques provoqués par de telles actions. Rares sont les films à introduire ce genre de problématiques, résolument actuelles, avec autant d’intransigeance, sans avoir peur de laisser le spectateur sur le côté par un trop-plein de rhétorique et de manigances politiques.»

Du côté de Télérama, le critique écrit que «la réussite du cinéaste québécois est à la hauteur du défi et de l’attente qu’il a suscitée: son adaptation réussit à concilier impératifs du blockbuster et vision d’auteur, grand spectacle et introspection, mise en scène efficace et splendeur visuelle.»

Et dans Le Figaro, le journaliste raconte que c’est «en sortant de la salle» que l'«on comprend mieux pourquoi le Dune de Villeneuve est une grande réussite. C’est un judicieux palimpseste qui synthétise avec finesse les précédentes versions cinématographiques. Villeneuve prend ce qu’il y a de meilleur dans la version Lynch.»

Langueurs, émotions et compréhension

Cependant… les mêmes qui encensent, jugent aussi que l’œuvre souffre de quelques aspérités. Le critique du Matin résume ainsi sa pensée: Denis Villeneuve «réussit là où David Lynch a échoué mais échoue là où Lynch a réussi. Car on peut penser tout le mal de la version de 1984 et ses effets spéciaux qui piquent désormais gravement les yeux» mais il «exprime une densité opératique et politique que le Dune de Villeneuve ne fait qu’effleurer.»

Une impression qui frôle celle d’un critique sévère de la Tribune de Genève, qui conclut avec ces mots: «en matière de science-fiction au cinéma, on a surtout l’impression de retourner à la préhistoire. Dans l’antichambre de Star Wars. Jusqu’à regretter la version de Lynch, qui était déjà faible.»

Une opinion diamétralement opposée à celle de sa consœur, qui constate dans le même article «quelques langueurs parfois coupables», mais tempère: «celles qui enlisent mais fascinent dans les épopées fondatrices, exigent l’attention jusqu’à l’asphyxie».

Pour France24, le film se trouve «à mi-chemin entre blockbuster et film d’auteur». Son chroniqueur considère que le résultat est un peu lisse et le héros, Paul Atréides, incarné par Timothée Chalamet, se plaint beaucoup. Pour le journaliste de Ouest-France «il manque dans cette première partie qui pose les bases de la saga une touche d’émotion».

Le bémol pour Cnet repose sur le fait que «les séquences d’action sont assez frustrantes» et «fonctionnent essentiellement grâce à la musique exaltante d’Hans Zimmer.» Le critique prévient: «Certains trouveront peut-être le long métrage un peu lent, mais c’est ce qui lui permet de développer toute sa richesse […] Grâce à un travail pour détailler les mythologies, les spiritualités, les langages et les traditions importantes dans le roman, le film réussit à être vivant et vibrant.»

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Un point que souligne aussi le journaliste du Temps pour qui le film «prend le temps de mettre en place chaque personnage et de fournir sans lourdeurs les nombreuses explications que nécessite la compréhension de ce monde très lointain». Un procédé qui selon lui permet aux «zélateurs du livre» ne pas se sentir trahis et aux «non-initiés» d’avoir «assez de clés pour comprendre les enjeux». Comme le dit le critique de Télérame, «être parvenu à rendre l’univers de Dune intelligible aux profanes est, déjà, un petit exploit».

Ce sentiment n’est pas partagé par le critique du Monde, pointant «quelques faiblesses» qui «affadissent sans doute le tableau – à commencer par la lisibilité de ce récit». Mais il ajoute qu'«il faudrait être mauvais coucheur pour ne pas souhaiter que Denis Villeneuve nous prouve le contraire dans le prochain opus».