En 2005 encore, Voltaire fait scandale. Sa pièce Mahomet ou le fanatisme, lue jeudi soir à Saint-Genis-Pouilly, en France voisine, sous la direction d'Hervé Loichemol, a provoqué l'indignation d'Hafid Ouardiri, venu tout exprès de la mosquée de Genève pour dire que la communauté musulmane se sentait insultée par cette représentation. A l'extérieur du bâtiment, le porte-parole a distribué des tracts invitant les personnes rassemblées à garder leur calme. La soirée n'en a pas moins été marquée par des feux de voiture et de poubelles.

A Genève ce soir

Ce samedi soir, la pièce sera lue au Théâtre de Carouge. Connaîtra-t-elle la même opposition? Son directeur, François Rochaix, indique qu'il a reçu une lettre d'Hafid Ouardiri lui demandant d'annuler la représentation, ce qui ne l'a pas ébranlé, mais il ne s'attend pas à des incidents.

Hafid Ouardiri regrette les violences qui ont eu lieu à Saint-Genis-Pouilly. Mais il estime que la programmation d'une telle pièce «peut crisper les esprits». Pour lui, Mahomet ou le fanatisme «insulte les musulmans et bafoue leurs valeurs».

Pour François Rochaix, la pièce est une charge contre tous les fanatismes et elle «n'insulte personne». Après bien des exégètes, il explique que La Mecque et Mahomet étaient des biais pour attaquer l'Eglise catholique, qu'il était impossible de désigner dans le contexte de l'époque. Cette explication ne convainc pas Hafid Ouardiri: «Quoi qu'il en soit, Voltaire n'avait pas le droit de s'emparer de la personne du Prophète et de la dégrader.»

Pour sa part, Hervé Loichemol dénonce une situation «absurde, ridicule. Est-ce que je vais, moi, à la mosquée pour dire aux gens ce qu'ils doivent faire? Plutôt que de se préoccuper de la représentation d'une pièce vieille de 264 ans, disponible en Pléiade et chez Garnier-Flammarion, M. Ouardiri ne ferait-il pas mieux de se prononcer sur la fatwa qui frappe Salman Rushdie, par exemple?»

En 1994, le même Hervé Loichemol avait voulu mettre en scène Mahomet ou le fanatisme à Genève. Une levée de boucliers des musulmans et des défenseurs des droits de l'homme avait conduit la Ville de Genève à refuser de subventionner le spectacle.