Tous les ambassadeurs suisses sont appelés à Berne. Parmi eux, le chef du bureau de La Havane, qui laisse les affaires à son attaché Stefan Balsiger (Viktor Giacobbo). Celui-ci, fonctionnaire zélé mais gaffeur, croit pouvoir assumer seul la visite surprise du sénateur américain Jesse F. Russell. Sachant que la Suisse est censée défendre des intérêts américains à Cuba et découvrant bientôt que le sénateur s'intéresse davantage à sa libido qu'à la politique, Balsiger ne peut empêcher la catastrophe: dans sa propre maison prêtée pour une partie de jambes en l'air, le sénateur se retrouve otage d'une belle Cubaine qui rêve d'exil. La braguette du sénateur va-t-elle mener à une crise internationale?

Le comique confédéral

Productrice avisée à la tête de sa société zurichoise Vega Film, Ruth Waldburger a donc décidé de passer de Godard, qu'elle finance depuis des années, au comique confédéral. Genre quasi abandonné depuis Les Faiseurs de Suisses de Rolf Lyssy (1978 déjà), cet humour attaché aux tracas du fonctionnarisme et de la suissitude trouve ses pires travers dans Micmac à La Havane. Les Alémaniques ont-ils rempli les salles en raison d'un mordant politico-burlesque digne des hauts faits d'un Billy Wilder (One, Two, Three, 1961, hilarante conquête des pays de l'Est par Coca-Cola)? Ou alors les spectateurs germanophones ont-ils simplement répondu à l'attraction de son scénariste et acteur principal Viktor Giacobbo, dont les shows télévisés drainent jusqu'à 500 000 spectateurs (Le Temps du 7 mars)? En voyant le film, sa mise en scène aussi plate et sans rythme que ses blagues, la deuxième hypothèse est évidemment la bonne. En France, la pratique est courante et le succès de navets comme La Tour Montparnasse infernale est uniquement dû à la réputation de ses comiques issus de la télévision.

Mené au bout d'une logique commerciale qui manquait toutefois incontestablement dans le paysage du cinéma suisse, Micmac à La Havane sort en Suisse romande doublé. S'il faut saluer ce désir commerçant de cohésion nationale, le résultat, porté notamment par les voix de Maria Mettral ou de Philippe Cohen, laisse sceptique: le ton général, artificiel et antispontané au possible, semble davantage emprunté à l'émission Le Fond de la corbeille qu'à un véritable doublage professionnel. Le système de subventions du cinéma en Suisse, basé aujourd'hui essentiellement sur la prime aux entrées appelée «Succès Cinéma», encouragera sans doute d'autres producteurs à appâter le public aussi ostensiblement. Malheureusement, vu le succès de Micmac à La Havane, ce changement de cap risque de s'attarder dans le bas de gamme.

«Micmac à la Havane» («Ernstfall in Havana»), de Sabine Boss (2001).