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Fauve, les nouvelles couleurs du roux

(Two Gentlemen/Irascible) Cinq ans après un premier album de miniatures pop lumineuses, le chanteur dévoile un nouveau visage, plus tendu et sombre, mais toujours baigné par un lyrisme envoûtant

Genre: Pop
Qui ? Fauve
Titre: Clocks’n’Clouds
Chez qui ? (Two Gentlemen/Irascible)

La terre romande, havre de grands raffinements musicaux? Oui, il y a une poignée de poètes ­visionnaires pour donner une consistance insoluble à l’hypothèse un brin forcée. De ce cercle restreint, Fauve – Nicolas Julliard à la ville – est sans doute le fer de lance le plus palpitant, et il confirme aujourd’hui tout le bien que l’on peut retirer de sa fréquentation, cinq ans après une première démonstration de force qui dévoilait les atouts éblouissants du chanteur. Son deuxième album est, sans hésiter, un enchantement auquel on ne résiste pas.

Des dix perles qui le charpentent, on dira qu’elles ferment certaines portes du passé, qu’elles en ouvrent de nouvelles et qu’elles gardent aussi des constances heureuses. Un fait est désormais certain: Fauve n’est plus le crooner un brin exotique qu’on a côtoyé à ses débuts. La bossa a disparue de sa grammaire; les bricolages instrumentaux superposés par strates sur ordinateur ont eux aussi déserté le terrain. A la place, des ambiances plus sombres et distendues, des orchestrations à la respiration profonde, des rythmes plus tranchants (l’inaugural «Cotton Fields» ­notamment) et un recours discret mais saisissant à l’électro.

Demeurent, dans l’orfèvrerie du multi-instrumentiste genevois établi à Lausanne, des mélodies ahurissantes, qui se déploient comme autant de fresques sonores, comme des voyages en territoires chargés de mystère et de lyrisme. Des exemples? «Digs (Down the Rabit Hole)», sans doute, qui concentre les rondeurs minérales; «Paris in a Bottle» aussi, ballade sensible au piano; ou encore l’entraînant «Be Kind, Don’t Rewind», incursion noire dans les contrées électro-rock.

Il y a enfin une voix, feutrée et agile, qui caresse les pavillons et ouvre à elle seule des scénarios mélodiques renversants. Il faut s’arrêter sur «Fur in the Wound», sur ses volutes sensuelles, pour mesurer la grâce de ce souffle qu’on croit venu d’un ailleurs inconnu. Fauve signe un chef-d’œuvre, la scène suisse se pare de noblesse.

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Fauve

«Donc Fauve, parce que roux, parce qu’un peu farouche quand même, et puis parce que les peintres fauves s’y entendaient en couleurs, et moi, les couleurs, j’aime ça»
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