Feist. The Reminder. Polydor/Universal)

Feist, c'est le comble de la féminité. Leslie, de son prénom, c'est aussi le cliché de la séduction, de l'émotion, de la douceur, ramenées à leur essentiel: le plaisir. Si le trouble des sentiments est partout dans les chansons de la Canadienne, les claquements de doigts sont pareillement stimulés. The Reminder suit et prolonge le groove rare de l'album qui l'a fait connaître en 2004, Let It Die: une simple maestria dans la composition, les arrangements et l'interprétation, ou la politesse d'une pudeur qui maquille les émotions?

«My Moon My Man», premier single de l'album, révèle dans l'évidence de son entrain les clairvoyances élégantes d'une équipe, d'un clan, qui entoure la Parisienne d'adoption: Gonzales au piano et aux manettes, Mocky à la basse et au tableau de bord parfois, Renaud Letang à la production...

Les facilités de Feist sont encore portées, ailleurs, à leur apothéose par le chant du soulman electro Jamie Lidell, la guitare d'Eirik Glambek Boe de Kings Of Convience. Mais de l'autre côté d'un spectre qui embrasse rock, pop, soul, folk - et une reprise malheureuse de Nina Simone -, «The Park», «The Water» ou «Intuition». Ici la voix naturellement, splendidement contrastée surclasse les cuivres occasionnels, les cordes ponctuelles, et induit, plus encore que des clappements de mains, des claquements de cœur.