«Trop de blabla», chantait Princesse Erika. Poursuivant ce credo qui l'anime depuis 19 éditions, le Festival de Fribourg, pionnier du dialogue Nord-Sud en Suisse, avait visé serré: onze films de fiction en compétition. Onze seulement parce qu'un bon film vaut mieux que de longs débats. Et si, à propos de bon film, Le Cauchemar de Darwin (lire ci-dessus) a logiquement remporté le Prix du documentaire – ex aequo avec Rapatriement du Coréen Kim Dong-won –, ce sont les cinéastes africaines qui ont rendu la semaine passionnante.

Regard d'or, c'est-à-dire Grand Prix du jury, la Burkinabée Fanta Régina Nacro montre précisément, dans La Nuit de la vérité, la forfanterie des beaux parleurs. Ceux qu'elle filme, «quelque part en Afrique», prônent la réconciliation: les Nayaks d'un côté, ethnie du président, et les Bonandés de l'autre, rebelles du colonel Théo, fanfaronnent à n'en plus pouvoir les accords de paix qu'ils entendent célébrer au cours d'une fête. Mais la nuit des festivités, loin de porter conseil, fait remonter, en une terrible explosion de violence, les intérêts personnels des uns et des autres. Prix spécial du Jury et Prix de la critique, la Belgo-Marocaine Yasmine Kassari raconte, dans L'Enfant endormi, la solitude et l'abandon de femmes du Sud marocain dont les maris, partis en quête d'un avenir meilleur en Europe, finissent par ne plus donner de nouvelles. Malgré, là aussi, leurs beaux discours. A ces films, incontestablement les plus solides de la compétition, aurait pu (voire dû) s'ajouter Prendre femme de Ronit et Shlomi Elkabetz: comme les deux précédents, il s'agit d'une coproduction Nord-Sud (ici Israël et France), ainsi que d'un premier film de femme, même si la Marocaine immigrée en Israël Ronit Elkabetz l'a cosigné avec son petit frère.

Des œuvres qui résistent au blabla

Une résonance troublante relie Prendre femme, cette histoire d'une femme de Haïfa qui n'en peut plus de son mari trop religieux, avec La Nuit de la vérité (coproduction franco-burkinabée) et L'Enfant endormi (belgo-marocaine). Et c'est la force du Festival de films de Fribourg que d'avoir su les rapprocher sur sa toile 2005. Une fois encore, la manifestation montre que la prise de conscience des problèmes de ce monde n'a guère de poids sans rigueur artistique. Dans l'ensemble, sa programmation, suivie par plus de 25 000 spectateurs, laissera donc cette leçon d'importance. Alors que la Suisse et l'Occident en général succombent à la mode des festivals et événements cinématographiques d'obédience humanitaire, la pionnière du genre rappelle que l'exigence artistique prime: pour que les esprits restent mobilisés, il faut des œuvres qui résistent au blabla. Telles celles primées dimanche, à découvrir désormais partout en Suisse dans le circuit Films du Sud, émanation intelligente d'un festival, celui de Fribourg, qui défend la réflexion à long terme et se méfie des coups médiatiques.