Elle est freluquette, Marie Fourquet? Peut-être. Mais sa stature fluette ne l’empêche pas de frapper fort. La preuve avec Pour l’instant, je doute, série de monologues sur le vertige masculin qui a dérangé quelques mâles et fâché beaucoup de féministes. La preuve également avec Europe, l’échappée belle, où l’auteure de théâtre, française d’origine, n’a pas craint de confronter les démons de la Seconde Guerre mondiale à ceux de Sarajevo, cinquante ans après. Son moteur d’écriture? «La satire», répond-elle. Avant de corriger: «Non, plutôt l’interrogation, sociale et politique. Comment les choses, les gens fonctionnent. L’an dernier, je suis allée avec mes proches à Sarajevo pour voir comment la ville se reconstruisait. La parole théâtrale, pour moi, a cette fonction de compréhension et de reconstruction.»

De fait, dans Pour l’instant, je doute créé en 2010 sur les scènes romandes, on apprenait beaucoup des hommes essorés. On y voyait le chagrin de la rupture, version bières et pizzas, la difficulté de trouver sa place quand l’enfant paraît et que l’épouse se transforme en mère toute-puissante, le désir dévorant pour la femme du meilleur ami, la faiblesse aussi, quand le compagnon ne rêve que de quitter sa moitié mais n’arrive pas à l’assumer. Des monologues, plutôt désenchantés, qui empruntaient aux clichés pour mieux les détourner.

Mais pourquoi Marie Fourquet s’est-elle ainsi glissée dans la peau de trentenaires fragilisés? «Parce que, lorsque je suis arrivée à Lausanne, j’ai été frappée par le mutisme des garçons et par leur peu de goût pour la séduction. En France, les gars se confient, draguent, complimentent. Ici, la parole masculine est figée, refoulée. Beaucoup de spectatrices m’ont d’ailleurs avoué n’avoir jamais entendu des hommes autant parler d’eux!»

Cette parole masculine, Marie Fourquet est bien placée pour la recomposer. Enfant dans la région du Pas-de-Calais, elle a grandi avec deux frères plus jeunes, mais «très animés». Aujourd’hui, elle est maman de deux garçons, Léonard, 6 ans, et Victor, 9 mois, qu’elle «suit avec attention». Mais surtout, l’auteure partage tout avec son époux, le metteur en scène Philippe Soltermann, qu’elle a rencontré à l’Ecole internationale de théâtre Lassaad à Bruxelles et avec qui elle réalise l’ensemble de ses spectacles. Aisé, le quotidien main dans la main? «Plus qu’on imagine! On est souvent très seuls dans ce métier. Là, j’ai un allié, un complice. C’est parfois agaçant, car, comme on se connaît par cœur, on ne peut pas tricher. Mais chacun soutient l’autre.» Et les deux veillent à ne pas envahir le domicile familial des seules préoccupations théâtrales…

L’alliance a payé. Accueilli à l’Arsenic, à Lausanne, dès leur arrivée en Suisse en 2004, le couple est aussi depuis deux ans en résidence avec leur compagnie, la Cie ad-apte, au Théâtre Saint-Gervais, à Genève. «Sandrine Kuster et Philippe Macasdar ont été des rencontres déterminantes», confirme la jeune femme. «Tous deux sont de brillants interlocuteurs artistiques, avec une constance rare dans l’engagement et la lucidité. Moi qui viens de France et qui en suis partie au moment où le statut des intermittents était remis en question, j’ai conscience du confort qu’offre la Suisse en matière de soutien à la création.»

Ces jours-ci, le couple sévit au Festival de la Cité, avec Apéro, paintball et dimanche après-midi, une étude presque métaphysique sur les passions censées combler l’ennui des jours de congé. Mais encore, la jeune femme assure la programmation du théâtre suisse romand à l’Usine à Gaz à Nyon. Enfin, elle est au bénéfice de la bourse Textes-en-scène avec un projet de polar théâtral…

Comment Marie Fourquet vit-elle cette consécration? «Comme une chance, mais sans pression. D’après ma mère, je suis une rebelle. De 5 à 15 ans, j’ai suivi un enseignement catholique dans un collège de jeunes filles et quand j’ai réalisé que Dieu, c’était de l’arnaque, j’ai écrit au pape pour lui demander de m’excommunier! Depuis, je suis républicaine, je crois dans l’égalité des chances et dans le devoir de clairvoyance et de partage. Je n’ai jamais écrit en fonction des attentes des gens, mais je tiens à la possibilité de dialogue. La réception publique compte pour moi.» Force de frappe et bel esprit!

Apéro, paintball et dimanche après-midi, Festival de la Cité, jusqu’au 15 juillet, 021 311 03 75, www.festivalcite.ch

Moi qui viens de France, j’ai conscience du confort qu’offre la Suisse en matière de soutien à la création