Concert

La Femme, une joyeuse énigme musicale

Le collectif français La Femme présentait ce jeudi son deuxième album «Mystère» aux Docks, à Lausanne. Un concert déjanté dans une salle pleine à craquer

«L’avenir du rock français» est avachi dans un canapé, dans les loges de la salle de concert lausannoise Les Docks. Veste mal ajustée pour l’un, crâne rasé sur les côtés pour l’autre, Sacha Got et Marlon Magnée présentent le deuxième album de leur groupe, La Femme. Son titre? «Mystère». Un choix énigmatique, à l’image de ce collectif exubérant. «La femme, c’est un concept qui peut être mystérieux. On se pose aussi plein de questions: «Pourquoi on est là, sur cette planète?», sourit le premier.

Leur nouveau disque excite déjà le public, et la critique. Jeudi soir, le collectif français jouait dans une salle pleine à craquer. Depuis la sortie en 2013 du premier album, «Psycho Tropical Berlin», La Femme trace son chemin entre new wave des 80’s, surf pop et érotisme.

«Danser sous acide»

Avec ses mélodies entêtantes et ses paroles fantaisistes, La Femme ne laisse pas indifférent. Dès le début du concert, la chanteuse Clémence Quélennec invite le public à «danser sous acide», paroles de leur morceau hypnotisant «Sphinx». Dans la salle, les corps se balancent au rythme des sons produits par les synthétiseurs. «Une partie de nos morceaux parlent du rêve, des hallucinations que l’on peut ressentir dans la vie», confie Sacha Got, un brin lunaire.

Une imagination sans limites qui se confronte aussi au réel. Aux galères d’étudiants, aux couples qui se déchirent. Ce dernier thème est abordé avec cynisme dans plusieurs de leurs chansons comme «Où va le monde?» et «Elle ne t’aime pas». On y parle de tromperie, de rupture, de «couteaux dans le dos» et de «larmes de trop». Des paroles reprises en chœur par le jeune public des Docks. Comme si La Femme parlait directement à l’oreille d’une jeunesse parfois décrite comme désabusée.

«C’est arrivé à tout le monde d’être triste. On évoque tout ce que l’humain peut vivre», confirme Sacha Got. Jusqu’à la désagréable «Mycose». Du vécu, assure le groupe. «C’est une chanson atypique. On a hésité à la garder dans l’album mais on s’est dit qu’il fallait le tenter.»

Le goût du voyage

La Femme ose tout. Le collectif profite des tournées pour se confronter à un public étranger. «On ne veut pas se cantonner à la France», lâche Sacha Got. «On est un groupe international depuis le début», appuie Marlon Magnée, cachée derrière son téléphone portable.

Ce n’est pas leur première date en Suisse. Les membres du groupe ont déjà joué aux Docks, mais aussi au Montreux Jazz Festival, à Festi’neuch et au Paléo en 2013. Un souvenir douloureux pour le guitariste. A Nyon, il a tenté de surfer sur le public à l’aide d’une planche. «Deux personnes plus âgées étaient devant moi mais elles ne m’ont pas porté. Je me suis fait très mal.»

Skatepark et coiffe d’Indien

La Femme est une joyeuse énigme musicale, qui aime entretenir son côté punk. Sacha Got aurait bien aimé faire un tour au skatepark de Lausanne, à deux pas de la salle de concert. «Mais j’ai peur de me casser une jambe», plaisante-t-il. Sur scène, son ami Marlon Magnée trinque avec un fan, en félicite un autre qui porte une coiffe d’Indien. «La Femme va vous donner du plaisir», aime-t-il répéter dès les premières notes des concerts.

La promesse est tenue malgré une prestation saccadée et décousue. Le collectif joue des nouveautés, tout en surfant sur la vague de ses premiers succès. Jusqu’au bouquet final avec «Antitaxi», morceau énergique du premier album. Le public se transforme alors en jeu de quilles, dans un pogo orchestré par le collectif. Alors, La Femme est-elle «l’avenir du rock français», comme l’affirment «Les Inrocks»? «Ça a énervé plein de gens, et je peux comprendre. C’est une grande formule pour vendre du papier.»

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