Cinéma

Les femmes fortes de l’âge d’or hollywoodien

La Fondation Fellini accueille jusqu’au 21 avril une collection de photos rares d’actrices des années 1930 à 1950. L’exposition s’intéresse au parcours de femmes d’exception ayant su utiliser leur popularité pour s’imposer dans les rouages de l’industrie cinématographique de l’époque

Alors gouverneur du Valais, Georges Supersaxo fit en 1515 un pari avec le diable. Ce dernier le perdit et, pour se venger, ne quitta jamais vraiment la demeure du politicien. L’histoire de la Maison du diable est un peu lugubre, en particulier lorsqu’on s’y rend pour admirer les portraits d’actrices de l’âge d’or hollywoodien.

L’espace est transformé en cité des femmes. C’est la grande Marilyn Monroe qui nous accueille. Sur une paroi, sa beauté est figée dans un de ses clichés les plus emblématiques. Vêtue d’une robe noire à perles argentées et au décolleté plongeant, la star, dont la couche de mascara cache presque les yeux, arbore un sourire éclatant derrière un rouge à lèvres parfaitement assumé.

Au-delà des clichés

Proposée en partenariat avec l’Institut Lumière de Lyon, l’exposition abritée par la Fondation Fellini à Sion coïncide avec la programmation américaine voulue par celle-ci et prend sa source dans Hollywood, la cité des femmes, un ouvrage d’Antoine Sire, paru en 2016. Les clichés rares ou inédits présentés en Valais répondent à la volonté de l’auteur cinéphile de glorifier des actrices de l’âge d’or hollywoodien ayant questionné les stéréotypes de genre.

«Une des ambitions premières de la fondation était de mettre en avant les femmes. Après l’affaire Weinstein, qui a ébranlé le Tout-Hollywood, il s’agissait de prendre du recul pour montrer qu’entre 1930 et 1950 certaines actrices avaient su prendre leur destin en main et s’imposer dans le milieu», explique Nicolas Rouiller, directeur de la Fondation Fellini. Un sentiment que chacune d’elles parvient à communiquer au travers des portraits.

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Au fil des photographies, on croise le regard de personnalités familières. Marlène Dietrich et son chapeau qui lui couvre le haut du visage, Lauren Bacall à la mode des années 1950, Ingrid Bergman au doux visage ou encore Gene Tierney, dont les pommettes saillantes sont ancrées dans des clichés en noir et blanc.

«Les grandes stars, comme Greta Garbo, Katharine Hepburn ou Joan Crawford, jouent de leur image. Au tournant des années 1930, elles affirment leur pouvoir en dotant leurs personnages de la froideur, de l’indépendance et de la sophistication qu’on leur associe à la ville», explique Charles-Antoine Courcoux, historien du cinéma à l’Université de Lausanne et spécialiste des études genre. Une force de caractère conjuguée au féminin traduite par la plupart des clichés exposés, ne serait-ce que par la posture affirmée qu’adoptent ces actrices.

Des actrices rejoignent la production

Au fil des portraits, on découvre des personnalités peut-être moins connues, mais dont la personnalité a également influencé le fonctionnement de l’industrie du cinéma hollywoodien de l’époque. Dès le début de l’âge d’or, les studios ont un grand pouvoir sur les actrices. Dominée par des hommes, l’industrie hollywoodienne fait de Bette Davis et autres Rita Hayworth de véritables stars. Un glamour poussé au maximum et envié par les spectatrices, qui ont envie de leur ressembler.

Parmi ces figures du cinéma, certaines vont se servir de leur popularité pour passer derrière la caméra et conquérir le champ de la production. «Ida Lupino, par exemple, crée sa société de production avec son mari dans les années 1940 et deviendra l’une des seules femmes réalisatrices dans les années 1950», détaille Nicolas Rouiller.

Pendant l’âge d’or hollywoodien, des femmes de caractère, dans la lignée de Bette Davis ou de Jean Arthur, sont en guerre contre les rôles de potiches que les studios n’ont cessé de leur imposer. Mais si elles tentent de déroger au système, celles-ci risquent la mise à pied. Dans le même registre qu’Ida Lupino, Olivia de Havilland a son mot à dire.

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Arrivée à la fin de son contrat avec la maison de production Warner Bros, l’actrice, connue pour son rôle secondaire dans Autant en emporte le vent (1939), souhaite être libre de choisir ses personnages. Mais son employeur Jack Warner ne l’entend pas de cette oreille. Il veut prolonger son contrat d’une durée équivalente à une période de mise à pied antérieure. Une décision qu’Olivia de Havilland juge parfaitement injuste. Cette dernière remportera finalement le procès face à la puissante Warner dans les années 1940. Un véritable tour de force qui fera jurisprudence et bousculera le rapport entre producteurs et acteurs de l’époque, réduisant les servitudes de ces derniers.

Des rôles encore genrés

Si l’exposition Hollywood, la cité des femmes souhaite proposer un regard au-delà des stéréotypes de la femme potiche, pour le pendant académique, la question des rôles attribués aux femmes pendant l’âge d’or hollywoodien est à nuancer. Fortement influencées par le contexte historique, qui a un fort impact sur la représentation de genre au cinéma, les décennies ne se ressemblent pas.

«Avec le krach boursier de 1929, on constate un affaiblissement de l’aura masculine. Les hommes sont en partie démonétisés. C’est dans ce même contexte qu’émergent des productions offrant une vraie autonomie aux femmes, détaille Charles-Antoine Courcoux. En revanche, dès le milieu des années 1930, les films catastrophe et d’aventures magnifient à nouveau les exploits virils.» Une tendance qui se prolongera par la suite.


«Hollywood, la cité des femmes», Fondation Fellini pour le cinéma, Sion. Une exposition à voir jusqu’au 21 avril 2019.

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