Il était temps que quelqu’un le dise avec force: le Grand Siècle français ne fut pas seulement une affaire d’hommes. De Catherine de Rambouillet, l’«Arthénice» de la «chambre bleue» où la noblesse et l’intelligentsia du XVIIe siècle apprirent cette politesse des mœurs et de la conversation qui devait ensuite rayonner dans toute l’Europe; et de Jacqueline Arnauld, la mère Angélique qui dirigera l’abbaye de Port-Royal à travers toutes les tourmentes; à Mademoiselle de Scudéry, l’auteure du Grand Cyrus et de Clélie, les best-sellers du siècle; à Mesdames de Sévigné ou de La Fayette; de Louise de Marillac, l’émule de saint Vincent de Paul, à la Duchesse de Longueville comme d’Anne d’Autriche, la mère de Louis XIV, à Madame de Maintenon, son épouse morganatique, la civilisation, la morale, la culture et même la politique françaises ne cessèrent d’être inspirées, vivifiées et illustrées par une série de femmes qui non seulement leur consacrèrent leur vie mais qui servirent aussi d’exemples à des milliers d’autres. C’est à ces femmes, 11 d’entre elles au total, que Marie-Joëlle Guillaume consacre son Grand Siècle au féminin.

Mise en lumière

Ce livre, remarquablement écrit, est bienvenu. S’il existe depuis longtemps des monographies de ces différentes figures, il n’y avait guère jusqu’ici d’ouvrage qui les rassemble pour mettre en lumière leur importance essentielle. L’auteure, spécialiste de la spiritualité française de l’époque, s’est faite ici portraitiste, un peu à la manière dont Sainte-Beuve l’avait été autrefois, mais une portraitiste brûlant de sympathie pour les femmes qu’elle évoque. Si cela l’amène parfois à faire preuve d’une certaine indulgence pour les côtés moins glorieux de telle ou telle de ces dames – on pense par exemple à l’impétuosité amoureuse et politique de la duchesse de Longueville qui fut la grande intrigante de la Fronde –, cela n’enlève rien au talent avec lequel elle retrace ces 11 existences en les replaçant avec une précision richement informée dans le contexte qui fut le leur.

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Certes, ces femmes appartinrent toutes à ce qu’on peut nommer l’élite de leur époque, et l’ouvrage ne parle guère de celles, innombrables, auxquelles le destin ne réserva que l’anonymat d’une vie souvent misérable. Mais il serait injuste d’oublier que le même reproche peut s’adresser à la majorité des études que les savants ont consacrées aux hommes.


Essai. Marie-Joëlle Guillaume, Le Grand Siècle au féminin. Perrin, 382 pages.