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Détail du «Léman vu de Chexbres» (1904).
© Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne

Une saison hodlérienne

Ferdinand Hodler au miroir du lac

Pour le peintre, le Léman a toujours été un «paysage monde», une matrice qui contient toutes les étendues d’eau, de ciel, de montagne de la planète

2018 marque le centenaire de la mort de Ferdinand Hodler. Chaque vendredi de l’été, «Le Temps» évoque des fragments de la vie de cet artiste complexe et passionnant.

Episode précédent: La volonté de devenir peintre

Souvent, le lac Léman ressemble à un tableau de Hodler. C’est à ce genre d’inversion – la représentation avant la présentation – que l’on reconnaît l’empreinte durable d’un grand peintre. La puissance évocatrice de son art est telle que notre vision s’en trouve imprégnée d’images maintes fois vues, admirées, mémorisées. L’ombre des montagnes de Savoie, le soir venu, a le bleu qui était sur la palette de l’artiste, au début du XXe siècle.

Ferdinand Hodler n’a jamais peint la mer, mais il était fasciné par les lacs. En particulier le Léman. Il l’a décrit à plus d’une centaine de reprises, depuis Genève, Saint-Prex, Lausanne, Pully, Chexbres (comme ici, sur ce tableau datant de 1904), Caux, Hermance ou Yvoire. Il était si présent dans sa propre vision qu’il l’a suggéré à l’arrière-plan de quelques-uns de ses grands tableaux de figures, comme Le désir, L’amour ou Le juif errant. Le Léman a toujours été un «paysage monde», une matrice qui contient toutes les étendues d’eau, de ciel, de montagne de la planète. Pas étonnant qu’il ait inspiré des générations d’artistes, du Moyen Age à aujourd’hui.

Chez Hodler, tout est symbole. Pour lui, le lac exprime l’harmonie, l’ordre, l’émotion, l’intemporalité. Il assimile son horizontalité à l’amour et à la mort. Il nourrit sa théorie du parallélisme. «N’avez-vous pas l’impression de vous tenir au bout du monde et de dialoguer avec l’univers?» s’exclame-t-il devant la grande étendue lacustre.

Si Holder peint le Léman à autant de reprises, c’est aussi que ses tableaux lacustres se vendent très bien et très cher. En particulier ceux composés depuis Chexbres, où l’eau et le ciel s’unissent dans une étreinte cosmique. Mais l’artiste n’est pas du genre à livrer des copies en série. Sa manière évolue de toile en toile. Au point de tendre vers l’abstraction lorsqu’il figure le Léman depuis son appartement genevois, alors que la Grande Faucheuse commence à vriller l’air autour de lui. La peinture d’un motif, un motif de peindre.


Sources:«Ferdinand Hodler et le Léman», Hatje Cantz, 2018. «Lemancolia», Noir sur Blanc, 2013.

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