Pour les amoureux de vieilles et prestigieuses, très prestigieuses carrosseries, ce sera, ce vendredi 6 février 2015, la vente du siècle: 60 modèles parmi lesquels certains rarissimes vont être mis en vente par Artcurial Motorcars, à Paris.

Qu’on en juge plutôt: on y enchérira des Bugatti, des Hispano-Suiza, des Delahaye, des Maserati, des Ferrari qu’un collectionneur français, Roger Baillon, avait commencé à rassembler dans sa propriété dès le milieu des années cinquante. Sa première acquisition est une Talbot T26, «carrossée en cabriolet» et dont la légende dit que le propriétaire fut le roi Farouk.

Roger Baillon récupère toutes les épaves, courantes encore en cette époque d’après-guerre. Il achetait. Parquait loin des regards. Ne vendait jamais.

En une dizaine d’années, nous révèle le catalogue d’Artcurial Motorcars, Baillon père et fils rassemble quelque 200 voitures. En 1978, des revers financiers stoppent net l’enthousiasme collectionneur de la famille. Qui doit liquider. Une première vente aux enchères voit s’égayer dans la nature une soixantaine de modèles. En 1985, une seconde vente liquide 28 autres modèles.

Demeurent 95 modèles, qui resteront épargnés et sur lesquels se replieront le père et le fils traumatisés par le choc de ces ventes successives. Comme ces oiseaux qui se cachent pour mourir, la collection survivra cachée des regards, entourée d’un silence de plomb, chérie des seuls initiés.

Récit tiré du catalogue: «Seules quelques rares personnes locales, mécanicien ou autres ouvriers de confiance avaient eu l’occasion d’entrer dans la propriété, mais le silence est d’or et le secret n’est jamais sorti. Le monde des collectionneurs, quant à lui, finit par oublier la collection Baillon.» En 1996, Roger Baillon décède. Son fils Jacques continue de veiller sur le secret. En 2013, il décède à son tour: et c’est à ce moment que ses enfants découvrent, dans la propriété familiale, l’ampleur de ce qui subsiste…

«Immobilisée dans le secret» depuis des décennies, figée dans le temps, la collection soudain révélée au monde stupéfie la planète entière et galvanise les collectionneurs. Les héritiers Baillon décident de la mettre en vente. Ce vendredi 6 février, à Paris.

Le catalogue fait tourner la tête: Maserati A6G Gran Sport de 1956, Singer roadster 1500, Talbot T11 Cadette berline de 1936, Voisin Type C7 de 1925, Talbot Lago surprofilée de 1948, Delahaye cabriolet de 1948, Facel Vega de 1960, Porsche, Hispano-Suiza, Panhard et Levassor, Lagonda, Jaguar, et la Ferrari 250 SWB California Spider d’Alain Delon lui-même, réputée disparue, recherchée comme le Graal, retrouvée sous des piles de vieux journaux. N’en jetez plus… C’est l’hystérie! Estimée entre 9 et 12 millions d’euros, elle sera l’un des phares de la vente.