Truls Mork est ce violoncelliste épris de lyrisme. Même dans des œuvres du XXe siècle, il parvient à déployer une ligne expressive héritée des romantiques. Mais il ne se laisse jamais aller à des effets superfétatoires. Mardi soir à la Salle Métropole de Lausanne, il se mesurait au rare Concerto pour violoncelle de Honegger couplé à la Ballade pour violoncelle de Frank Martin, très bien accompagné par Michael Francis et l’Orchestre de chambre de Lausanne.

Ce violoncelle chantant, lyrique et chaud exacerbe la veine mélodieuse du Concerto de Honegger. Dans cette œuvre, le style se veut détendu, presque insouciant, à mille lieues du fameux Pacific 231. On y trouve des emprunts au jazz (Gershwin), une touche de néoclassicisme et une rythmique rappelant Stravinski et Prokofiev. Il n’empêche que ce Concerto renferme aussi des passages plus sombres (le mouvement central). Truls Mork veille à varier les climats, sur l’accompagnement tour à tour lyrique et puissamment rythmé de l’OCL.

La Ballade de Frank Martin nous emmène en terres plus élégiaques. Plus austères aussi. Cette pièce joue sur une alternance de sections lentes et rapides. Le violoncelle se fraie une ligne sinueuse dans l’entrelacs des cordes et des bois (une belle et longue mélopée au cor anglais). Très applaudi, Truls Mork a joué la «Sarabande» de la 2e Suite pour violoncelle en ré mineur de Bach en bis. La beauté du son, la pureté des intentions, la respiration qu’il accorde au phrasé sont admirables.

Michael Francis avait choisi deux compositeurs anglais du XXe siècle en complément de programme – une combinaison heureuse. Mêlant élégance et fougue, le chef britannique confère toute son expressivité à la Fantasie sur un thème de Thomas Tallis de Ralph Vaughan Williams sans verser dans le sentimentalisme. Il y a même une dimension chorégraphique avec l’orchestre à cordes divisé en deux groupes, le plus petit situé à part, isolé au fond du plateau (neuf exécutants). Le quatuor formé des premiers pupitres, avec les interventions de l’altiste Eli Karanfilova et du violoniste François Sochard, s’avère particulièrement investi.

Couronnant la soirée, les ingénieuses Variations sur un thème de Frank Bridge de Britten ont produit tout leur effet. Chaque variation est finement caractérisée, avec des élans de virtuosité et des bouffées de lyrisme parfois poignants (la «Marche funèbre»). Au-delà de quelques approximations (les premiers violons très exposés!), l’interprétation charrie la force d’inspiration de Britten. Comme quoi, un programme du XXe siècle intelligemment ficelé a de quoi enthousiasmer le public!