Le chantier ne fait que débuter, mais déjà on aperçoit les premiers résultats de la restauration en cours. Le festival de musique contemporaine Archipel, qui a fermé ses portes dimanche, n'est déjà plus celui des éditions précédentes, et pour les éditions à venir, il ambitionne un développement logistique et artistique qui puisse lui donner l'assurance de sa pérennité. C'est le vœu de son nouveau directeur général, Marc Texier, qui savoure les succès du premier mandat à la tête de la manifestation genevoise et qui multiplie déjà les idées pour le futur. A quelques instants d'un des derniers concerts, son bilan est décliné avec décontraction: «Je suis particulièrement heureux du taux de fréquentation et franchement surpris du nombre de spectateurs qui ont souscrit un abonnement général: on est passé de trois pour l'édition précédente à 61 pour cette année. Ce bond spectaculaire, je l'explique par la nouvelle formule du festival, qui prévoyait notamment une thématique forte, centrée autour du compositeur Giacinto Scelsi.»

Logistique renouvelée

Au total, le festival a enregistré 2200 entrées pour 26 événements, des concerts aux spectacles de théâtre musical en passant par les installations, les expositions et les conférences. L'ensemble des productions a pu compter sur une logistique en partie renouvelée. C'est le cas de la salle principale de la maison communale de Plainpalais, qui a été remodelée pour répondre aux exigences acoustiques et aux impératifs de la convivialité: «A mon arrivée au Festival, je rêvais d'une expansion de la manifestation à travers toute la ville. Aujourd'hui je me rends compte que la salle dont nous disposons est tout à fait idéale pour ce genre de musique, s'exclame Marc Texier. Cet avis est d'ailleurs partagé par l'équipe technique.»

Pour le futur, le directeur souhaite attirer le soutien financier des privés: «Plus les sources du financement sont variées et plus on se donne de chances de survie. Dans cette configuration, le retrait d'un bailleur de fonds ne compromettrait pas la suite du festival.» Côté artistique, la politique des commandes et des coproductions avec d'autres manifestations similaires en Europe, du travail interdisciplinaire et de la relecture du répertoire contemporain (ce fut le cas pour Scelsi) seront les axes de travail pour les éditions futures.

Orient-Occident

Ces orientations sont déjà perceptibles aujourd'hui, notamment dans le ton des derniers concerts à l'affiche. Samedi soir, le tissage de liens musicaux a priori improbables s'est révélé un moment habité par la grâce. Le Chinois Wu Wei et le Français Pascal Contet, le premier au sheng - sorte de mini-orgue animé par une anche trempée dans l'eau chaude - le second à l'accordéon, ont exploré les multiples affinités qu'offrent ces deux instruments à travers neuf pièces aux formes et aux couleurs variées. De ce concert, on retiendra la poésie éthérée de Wie ein Stillstand der Zeit, de Klaus Hinrich Stahmer, pièce présentée en création mondiale. Ou encore, le récit de voyage De Chengdu à Shanghai, qui décrit sur la portée le gouffre qui sépare la campagne et le milieu urbain chinois.

Plus tôt, le récital du pianiste François-Frédéric Guy, entièrement consacré à Hugues Dufourt, a exalté avec une intensité rare les registres contrastés des quatre pièces inspirées des Lieder de Goethe-Schubert. L'écriture de Hugues Dufourt alterne avec maîtrise les épisodes de quiétude et ceux de la tempête; son interprète en a donné une vision bouleversante.

Dans un registre plus ludique et résolument interdisciplinaire, Archipel a donné la parole à plusieurs compositeurs pour accompagner la projection de dix courts-métrages (pour la plupart d'animation) réalisés dans les années 1920. Ce spectacle nocturne pour intimes a révélé l'important foisonnement d'idées dans un des domaines les plus avant-gardistes présentés par Archipel.