Encore un festival de cinéma? Oui, mais le dernier de l'année. Dernier-né des festivals genevois Filmar en América latina, dont c'est la 4e édition, est sans doute aussi le plus sympathique. Sur trois semaines, du 5 au 26 novembre, il amène un peu de lumière sur ce mois réputé triste. En préférant l'étalement sur la durée à la concentration, il pense au grand public plutôt qu'aux festivaliers patentés. Dénué de compétition, il s'offre une plus grande latitude de programmation tout en renonçant à une vaine course aux premières. Convivial, il multiplie les partenariats pour mieux explorer la diversité d'un continent largement ignoré, même si son cinéma refait périodiquement surface.

En deux ans, on a ainsi vu l'Argentine (Mundo grua, La Ciénaga), le Brésil (Eu tu eles, Abril despedaçado) et le Mexique (Amores perros, Y tu Mama tambien) relever la tête avec des films à la fois populaires et artistiquement valables. On retrouve la plupart de ces titres au programme, pour donner l'occasion d'un rattrapage, mais aussi remis en contexte, accompagnés de documentaires qui créent des liens. Et à côté des trois «poids lourds» de la production latino, on trouvera aussi des images du Chili, d'Uruguay, de Bolivie, du Pérou, de l'Equateur, de Colombie, du Venezuela, de Cuba et d'Haïti!

Ce soir, le film d'ouverture Le Cas Pinochet (lire ci-contre) annonce un axe incontournable du programme: le cinéma «engagé», politique et social. Pauvreté, migrations, violations des droits de l'homme et globalisation sont au centre de la plupart des documentaires, qui dénoncent les maux du sous-continent (le coup de cœur des organisateurs: La Espalda del mundo de Javier Corcuera). Un autre axe, plus festif, propose des portraits parfois remarquables de musiciens, comme celui de la chanteuse mexicaine Astrid Hadad. Enfin, côté fictions, deux comédies bientôt distribuées, Pantaleon et les visiteuses du Péruvien Francisco Lombardi et Toutes les Hôtesses de l'air vont au ciel de l'Argentin Daniel Burman ne doivent pas occulter les purs inédits: La Libertad de Lisandro Alonso et Bolivia d'Israel Adrian Caetano (Argentine), ou Bastardos en el paraiso de Luis Vera (Chili). De même, les reprises pour le plaisir (cf. l'increvable El Viaje de Solanas) ne sont pas forcément à préférer à des films moins connus pour avoir mal circulé: Moi, la pire de toutes de Maria Luisa Bemberg (Argentine), Tombés du ciel de Francisco Lombardi (Pérou), Coronación de Silvio Caiozzo (Chili). Au total, l'embarras du choix, mais encore à taille humaine.

Filmar en América latina, 5-26 nov. Ce soir à l'Alhambra, Rôtisserie 10, Genève. Tél. 022/906 59 27. Site: http://www.filmaramlat.ch