Grosse surprise sous le soleil de Sierre, avec l'annonce inattendue en fin de Festival de la bande dessinée du départ de son directeur, Philippe Neyroud, et la volonté affichée par le comité de chercher rapidement une nouvelle formule pour redynamiser une manifestation qui peine à trouver son deuxième souffle.

Pour les festivaliers, cette 19e édition s'est pourtant déroulée idéalement, et la foule était au rendez-vous du week-end, notamment pour les animations nocturnes. Les organisateurs annoncent 43 000 visiteurs, légèrement moins que l'an dernier, et les exposants étaient généralement satisfaits de la marche des affaires, de la légendaire convivialité et de l'accueil, toujours très apprécié. Mais après un gros effort entrepris sur les expositions, celles proposées cette année n'ont pas atteint le niveau de l'an dernier, malgré la qualité et l'intérêt des planches originales présentées. De toute évidence, le décollage amorcé en 2001 a marqué le pas cette année.

Le festival et son directeur ont décidé de se séparer d'un commun accord, au terme du contrat de ce dernier, après une collaboration de trois ans. Le comité entend trouver un nouveau directeur qui devra définir le rôle du festival sur le plan culturel et artistique, et donner des impulsions dans ce sens. La vingtième édition du festival l'an prochain a un peu fonctionné comme un détonateur: «La remise en question de l'organisation et du contenu du festival doit porter ses fruits pour cet anniversaire, mais aussi aller au-delà et, ayant de toute façon décidé de partir en 2003, je ne voulais pas quitter le bateau en route», souligne Philippe Neyroud.

L'urgence de se redéfinir, qui n'est d'ailleurs pas propre à Sierre, est apparue avec la remise en question croissante de la participation des éditeurs: les Humanoïdes Associés n'étaient pas là, Delcourt n'est venu que grâce à la prise en charge des opérations par son diffuseur suisse, l'Office du livre (OLF), Dupuis est représenté par un libraire mais s'interroge même sur cette formule, et Casterman a clairement annoncé qu'il ne viendrait pas en 2003 si rien ne bougeait.

Seuls Dargaud et Glénat ne remettent pas en cause leur présence, du fait surtout qu'ils sont implantés avec des filiales en Suisse, mais leurs responsables aussi ont demandé à Sierre de «travailler» et de penser moins «fête de Sierre» et plus «festival de bande dessinée». C'est clairement l'existence de la manifestation qui se joue dans les mois à venir.

«C'était un peu un choc d'entendre tout ça, reconnaît Charly Quinodoz, président du comité du festival. Mais en même temps, tous ces gens nous ont assurés de leur soutien, nous font des propositions et promettent de s'engager pour le développement de Sierre. Claude Renard, François Schuiten, Benoît Peeters nous ont proposé leur collaboration et leurs conseils. Il n'y a pas de doute, il faut changer de régime, nous sommes à la fin d'un cycle et il faut profiter de notre vingtième anniversaire pour tout remodeler.»

Dans tout ce débat, le Salon de Paris, qui s'est ouvert samedi, a peu pesé (les grands éditeurs n'y sont pas), sinon que cette nouvelle concurrence a mis Sierre sur la défensive. «Si c'est pour vendre des albums, il est plus rentable d'être à Paris qu'à Sierre, note Benoît Peeters, mais c'est purement commercial. S'il s'agit de parler de la bande dessinée d'aujourd'hui, de se définir, d'afficher des ambitions, cela doit se passer dans des endroits comme Sierre. En associant, en intégrant, en transformant la ville dans une scénographie urbaine où la bande dessinée dialogue avec la cité.»