Il en faut beaucoup pour abattre Myriam Kridi, dont la bonne humeur futée semble inaltérable. Mais là, au téléphone, la directrice du Festival de la Cité a une petite voix. Nouvelle victime du coronavirus, le rendez-vous cher aux Lausannois qu’elle emmène avec sa fine équipe depuis 2016 ne sévira pas cet été.

Exit, donc, la 49e édition du Festival de la Cité et son flot de musique, danse, cirque, performances et théâtre qui devait déferler du 7 au 12 juillet. «Quand on sait que cette manifestation gratuite réunit 100 000 festivaliers collés serrés durant six jours, notre décision ne surprendra personne, commence la directrice. Nous regrettons juste que le Conseil fédéral ne se soit pas prononcé de manière plus claire sur les grands rassemblements, comme le souhaitaient le Paléo Festival ou le Montreux Jazz Festival. Cette incertitude a beaucoup pesé dans notre processus de décision.»

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La directrice n’exclut pas que des petites formes, comme des spectacles pour enfants devant un public de 100 spectateurs par exemple, voient encore le jour aux mêmes dates, en fonction de l’évolution de la situation.

Scènes organiques

90 projets fourmillant dans le cœur historique de Lausanne. Avec, cette année, un accent particulier mis sur le caractère organique des scènes. «Avec mon équipe, nous avons réfléchi à remplacer parfois les gradins habituels par des installations plus proches de la nature. Ce devait être le cas notamment pour la scène de La Châtelaine. Par ailleurs, on est très déçus, car on était spécialement contents de l’équilibre qui se dégageait de cette programmation 2020. On garde nos pépites pour l’an prochain, mais on regrette de ne pas pouvoir partager nos coups de cœur avec la population.»

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Juridiquement, le festival n’est pas sous pression, car aucun contrat n’avait encore été signé. Par contre, par devoir moral et souci de survie du milieu artistique, la manifestation s’engage à compenser les déficits des compagnies, pour autant que celles-ci se tournent d’abord vers les mesures mises en place dans leur région, type assurance perte de gain (APG) ou réduction d’horaire de travail (RHT).

C’est que près de 70% des troupes invitées sont internationales et donc soumises à des régimes particuliers. «De toute façon, privés de nos sponsors et des recettes des bars qui représentent 55% de notre budget de 2,2 millions, nous ne pouvons pas payer tout le monde», analyse Myriam Kridi. Les subventions du canton de Vaud et de la ville de Lausanne, qui sont maintenues, rétribueront l’équipe et les prestataires déjà engagés. «C’est super compliqué de gérer une annulation», soupire la directrice. Un casse-tête logistique qui n’améliorera pas le moral de l’équipe déjà bien entamé.