Rencontrer Myriam Kridi pour évoquer «Aux confins de la Cité», une semaine de spectacles et de concerts qui vont faire palpiter Lausanne du 7 au 12 juillet prochain, a une saveur particulière: celle d’une renaissance. «Je suis super excitée à l’idée de revoir des gens et de pouvoir à nouveau partager des pépites artistiques avec le public.» Après avoir dû annuler le Festival de la Cité, le 22 avril dernier, pour des raisons évidentes de risques sanitaires, la directrice savoure ce moment où les bonnes nouvelles remplacent (enfin!) les mauvaises.

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Dans neuf lieux de la ville – qui resteront secrets jusqu’au dernier moment pour éviter les attroupements –, l’équipe de programmateurs propose une trentaine de rendez-vous de théâtre, de danse et de musique pour un public de 50 à 300 personnes. La gratuité, principe fondateur du festival, demeure, mais les spectateurs intéressés devront s’inscrire sur le site dès ce vendredi et seront sélectionnés le 30 juin via un tirage au sort. En cas de grosse demande, chaque élu ne pourra assister qu’à un seul projet ou une seule soirée.

On ne va pas installer de grosses infrastructures avec une batterie d’éclairages et une sono d’enfer, mais plutôt privilégier des plateaux nus et épurés

Myriam Kridi, directrice du Festival de la Cité

La remise au goût du jour d’une danse de séduction du sud de l’Italie. Le récit poignant d’un naufrage de réfugiés par l’actrice charismatique Déborah Lukumuena. La transmission père-fils via l’observation des gestes clés. Un exercice de jonglage splash avec de la terre glaise. Une foule de groupes suisses émergents à découvrir côté musique. Ou encore un parcours folo dans la ville qui réenchante l’espace urbain… Si le Festival de la Cité plébiscité pour sa diversité artistique et son immense affluence est bien enterré, la qualité des projets à l’affiche d’«Aux confins de la Cité», son petit frère de circonstance, donne envie de se précipiter sur le site pour tenter sa chance. «Tant mieux, sourit la directrice. On est totalement dans l’inconnu, question fréquentation. Est-ce que les Lausannois ont fait une croix sur leur festival préféré ou vont-ils mordre à ce nouvel hameçon et s’inscrire à l’une ou plusieurs de ces propositions? Mystère!»

Partout dans la ville

On ne peut que leur conseiller la seconde option. Ceci d’autant plus que ce sera l’occasion pour eux de découvrir de nouveaux lieux. «A l’exception de trois scènes dédiées à des spectacles en famille qui restent dans la Cité, les six autres spots sont disséminés en ville ou en campagne proche», annonce Myriam Kridi. C’est qu’il faut répondre aux contraintes de distance sanitaire. Ainsi, pour une jauge de 300 personnes, le lieu doit atteindre les 1200 m2, vu que le périmètre de sécurité est de 4 m2 par individu. Deux emplacements correspondent à ce profil, dont l’un n’accueillera que des concerts. Les sept autres, plus modestes, sont prévus pour des jauges de 50 à 150 spectateurs.

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«Nous avons choisi des espaces naturellement enclavés et encaissés, car nous nous voyions mal utiliser de grandes places publiques et mettre des barrières contre lesquelles viendraient s’agglutiner les badauds à la manière d’un zoo», sourit la directrice. Le festival a aussi opté pour des scènes au naturel. «Selon un principe de simplicité volontaire issu de nos réflexions sur l’environnement, on ne va pas installer de grosses infrastructures avec une batterie d’éclairages et une sono d’enfer, mais plutôt privilégier des plateaux nus et épurés qui vont profiter de la lumière du jour.»

Le paradis urbain, c’est maintenant

Que verra-t-on dans ces lieux repérés avec tant de soin? «Une majorité de coups de cœur et quelques créations», répond Myriam Kridi, qui programme les arts vivants avec Simone Toendury. Ainsi, on pourra se régaler avec Sans effort, un défi lancé par Joël Maillard et déjà mené au far° Festival des arts vivants, à Nyon, et à l’Arsenic. Dans ce spectacle qui parle transmission orale, les artistes ne se reposent sur aucun document écrit ou filmé et ne racontent au public que ce dont ils se souviennent. On pourra également revoir Trophée, du danseur Rudi van der Merwe, qui a déjà sévi à Antigel. La lente progression sur 300 mètres de trois silhouettes en crinoline.

On écoutera aussi avec intérêt les rêveries du Cirque des astéroïdes. Sur la proposition de Marie-Caroline Hominal, cinq artistes discourent en se prenant pour des astres… Et on déambulera avec les inénarrables 3 points de suspension, les mêmes qui avaient transformé la place du Tunnel en bains publics et poétiques lors de la Cité de 2018. Dans Looking for Paradise, les facétieux proposent un parcours urbain où les panneaux de signalisation et les voitures sont autant de partenaires de jeu. «Génialissime», s’enthousiasme Myriam Kridi.

La relève suisse côté musique

Côté enfants, Muriel Imbach renversera les rôles en présentant, notamment, un Beau au bois dormant… Un fil-de-fériste traversera l’espace de manière délicate et des ateliers brico enseigneront aux plus jeunes à faire du neuf avec du vieux.

Et que réserve Vincent Bertholet, programmateur musical toujours audacieux? «Il a dû se passer des groupes américains et britanniques et s’est spécialement concentré sur des formations suisses émergentes super intéressantes», répond la directrice. Ainsi, du hip-hop de Badnaiy à l’afro-jazz de Yakubané, en passant par la kraut post-punk d’Omni Selassi ou la pop intimiste de Leoni Leoni, les sonorités vont exploser. Les amateurs sauront apprécier.


Aux confins de la Cité, du 7 au 12 juillet, Lausanne.