Arts de la rue

Le Festival de la Cité, trépidant et bien pensé

De retour dans la Cité, le rendez-vous pluridisciplinaire et gratuit de l’été lausannois a trouvé comment concilier les fêtards et les amateurs d’art

Des femmes corbeaux qui entrent en transe, une acrobate perchée dans les airs ou une battle entre cuivres baroques et cuivres jazzy. Pendant toute la durée du Festival de la Cité, du 4 au 9 juillet prochain, le pont Bessières sera fermé et accueillera des performances qui vont marquer. Pareil pour la rue Pierre-Viret. Cette artère à forte circulation sera également réquisitionnée et musicalement habitée au long de la 46e édition de ce rendez-vous pluridisciplinaire et gratuit qui, après avoir créé la polémique en 2016 avec sa répartition sur trois pôles, reprend ses quartiers dans le strict périmètre de la Cité. Cent projets, 200 représentations, beaucoup de musique, de la danse, du théâtre de rue et des ateliers pour enfants. Vous partez en vacances, la première semaine de juillet? Vous allez le regretter!

Sept scènes et treize lieux

Sept scènes et 13 lieux savamment aménagés pour relever le défi de la cohabitation entre deux passions de la manifestation. D’un côté, les moments festifs qui privilégient la convivialité. De l’autre, les moments de culture qui doivent pouvoir offrir de l’artistique sans être parasités. Le responsable technique Thomas Hempler a bien étudié son affaire. Sur l’esplanade du Château, un nouveau lieu, La Perchée, qui accueillera les arts de la scène. Il en va de même pour le chapiteau intitulé La Nomade et installé en contrebas, sur la place encore en travaux.

«De quoi oublier les échafaudages et offrir un lieu protégé», précise Myriam Kridi, directrice de la manifestation. Le site autour de la place Saint-Maur abritera les projets et créations pour les familles, la musique trouvera son tremplin sur la scène Grand Canyon à la rue Pierre-Viret, tandis que la part festive et conviviale occupera le centre de la Cité.

Une programmation contemporaine et inspirante

Pour quelle affiche? Une proposition remuante, contemporaine et inspirante que la directrice a présentée mercredi matin en compagnie de ses programmateurs. Vincent Bertholet s’occupe des musiques actuelles. Ce passionné des trouvailles insolites est allé jusqu’au Japon, en Nouvelle-Zélande ou au Ghana dégotter des sons doux ou énervés.

Mais son coup de cœur, sa perle rare, s’appelle Elpmas, album mythique de Moondog, musicien avant-gardiste américain qui, dans les années 50-60, promenait dans les rues de New York sa barbe blanche et son casque de Viking. Son son? Minimal et ethnique. Elpmas est à la base un disque composé de marimba samplé. Ici, il sera repris de façon acoustique par l’Ensemble 0 (La Perchée, di 9, 19h). Autre joyau de la collection de Vincent Bertholet? Ocean Wisdom, jeune Britannique de 25 ans qui rappe aussi vite qu’Eminem et commence à décoller. L’avoir cette année à la Cité pourrait bientôt relever du cadeau inespéré (Le Grand Canyon, sa 8, minuit).

Musique encore, mais classique, sous la baguette de Jean Prévost. Mercredi, l’ancien directeur de Contrechamps a dit grand bien de Fecimeo, un ensemble de jeunes diplômés des hautes écoles de musique qui joue tout et parfaitement. Sur La Face nord, scène adossée à la cathédrale, ces passionnés interpréteront du Fauré, du Poulenc, mais aussi du Piazzola (me 6, à 18h). Le programmateur s’est aussi enthousiasmé pour L’Odyssée des cuivres, une battle sans sang entre des cuivres baroques et des cuivres jazzy. Qui se déroulera vendredi 7 juillet à 18h et 21h15 sur le pont Bessières, et plus exactement Les Marches, cette ingénieuse architecture qui conjugue gradins et stands info et avait convaincu l’an dernier, au centre de la place de la Riponne.

Danse de rue brésilienne

Côté danse, c’est Simone Toendury qui officie avec Myriam Kridi. L’affiche va du plus turbulent au plus discret. En ouverture, les danses de rue du Brésilien Bruno Beltrao promettent de belles secousses (La Perchée, ma 4, 22h30), tout comme La Fête de l’insignifiance, chorégraphiée par Paulo Ribeiro, directeur du Ballet national du Portugal, en réaction à la sinistrose de son pays (La Perchée, sa 8 à 22h30, di 9 à 21h30). A l’opposé, 55, le travail de Radouan Mriziga relève de la méditation de précision. Sur le sol de la cathédrale, le danseur marocain utilisera son corps comme instrument de mesure pour dessiner au sol une mosaïque qui rappelle aussi bien le Bauhaus que l’ornemental oriental (me 5 et je 6 à 21h).

Un projet retient encore l’attention: Dive, œuvre du très sensuel Thibault Lac. Pour cette pièce, le danseur s’est associé au musicien Tobias Koch et propose un concert chorégraphique immersif. Soit des mouvements organiques sur des infra-basses si puissantes que le corps palpite tout seul (La Nomade, ma à 21h30, me à 19h).

Le Festival de la Cité, ce sont encore des projets participatifs (voir ci-contre) et des arts de la rue. A cette enseigne, on retiendra les Rare Birds, des voltigeurs français qui assimilent le rapport entre le porteur et le porté aux notions d’entraide et de solidarité (Le Nomade, de jeudi à dimanche). On a un faible enfin pour les Belges de la compagnie Ea Eo, qui célèbrent en riant les bienfaits de la maîtrise de l’équilibre (La Nomade, ma 4, 19h30 et me 5, 21h). Une qualité, l’équilibre, que la programmation du Festival de la Cité semble bien avoir trouvée.


Le Festival de la Cité, du 4 au 9 juillet, la Cité, Lausanne.


Tous en scène!

Le Festival de la Cité regorge de projets participatifs. Notre sélection.

Les Corbeaux

La Marocaine Bouchra Ouizgen tourne dans toute l’Europe avec cette transe féminine, élan brut, qui assaille le public par ses cris et ses balancements d’arrière en avant. C’est beau, prenant et ouvert aux femmes de Lausanne. A ce jour, 50 se sont déjà portées volontaires (Pont Bessières, je 6, 19h).

Tino Sehgal

Dans cette installation pensée par le plasticien britannique et qui a déjà tourné dans les grands lieux d’art contemporain comme les biennales de Venise et de Kassel, le visiteur se retrouve dans le noir, dans une ambiance bruitée, et ne sait pas si la personne à ses côtés est un interprète ou un simple spectateur. Mystérieux (salle de gym Pierre-Viret, ma-sa de 18h à 23h, di de 17h à 22h).

Some Use for your Broken Clay Pots

Le Suisse Christophe Meierhans propose d’écrire une nouvelle constitution avec le public. Etes-vous prêts à changer radicalement de régime (La Perchée, je 6, 19h30)?

Carnet de bal

Dans un livre, Mirjana Farkas a raconté en images l’odyssée d’un petit garçon qui apprend à oser inviter une fillette à danser. L’illustratrice propose de réaliser des masques en lien avec le sujet dans le jardin du Petit Théâtre, du mercredi au vendredi; et le vendredi, à 18h, dans la cour du gymnase, Madeleine Raykov fera danser les jeunes masqués.

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