Oui, le 45e Festival de la Cité se déroulera bien sur trois sites répartis le long de la ligne du M2, les scènes d’Ouchy, de la Riponne et de la Sallaz. Non, le rendez-vous pluridisciplinaire, gratuit et cher au cœur des Lausannois ne proposera pas une programmation élitaire, réservée à une poignée d’initiés. Pourquoi cette mise au point d’entrée? Parce qu’avant même la présentation de sa première édition qui a eu lieu jeudi au Petit Théâtre de Lausanne, la nouvelle directrice, Myriam Kridi, a déjà dû gérer une polémique portant sur la (dé) localisation de la manifestation et son caractère «conceptualo-branchouille», selon les auteurs d’une pétition qui a récolté 3000 signatures.

Les pétitionnaires peuvent se rassurer. Les 85 rendez-vous de ce festival sont populaires, colorés, souvent ingénieux et essentiellement joyeux. Comme d’ordinaire, on y trouve de la musique – ethno, rock, pop, électro, classique, jazz, etc. –, du cirque, à commencer par «La cosa», étonnante proposition qui mêle acrobatie et taille de bois (me 6 et je 7 juillet, la Sallaz) –, de la danse, beaucoup, du théâtre, un peu et des ateliers participatifs qui permettront notamment aux enfants d’enregistrer leur tout premier disque de rock minimaliste.

De grands noms? Pas vraiment. A l’exception du chanteur français Bertrand Belin (me 6, la Sallaz) et de Music for 18 Musicians, tube de la musique contemporaine composé par Steve Reich dans les années 70 (di 10, la Riponne), l’équipe de programmation a préféré l’originalité et une certaine idée de proximité à la célébrité. Proximité? Oui, beaucoup de projets questionnent l’homme dans son rapport à la… cité. On pense à «Garden State», projet qui invite les Lausannois à prêter leurs plantes d’appartement pour aménager sous le pont Bessières un paradis où partager ses talents. On pense aussi à «L’Esprit Garage», une initiative de Floriane Facchini qui, depuis 2011, explore dans des villes du monde entier les garages vidés de leur voiture et transformés en roches aux fées par les particuliers. Lausanne abrite aussi quelques royaumes cachés que les festivaliers pourront découvrir au cours d’une balade guidée.

Mais la Cité 2016, ce sont d’abord et surtout, des concerts et des spectacles qui déménagent. Beaucoup de street dance, du rock plus ou moins bruyant, des groupes ethno, noir africain, arabe et latino… Lors de la conférence de presse, après avoir visionné une quarantaine d’extraits des artistes invités, en marchant dans les pas imaginaires de cinq festivaliers type (le fêtard, le connaisseur, la curieuse, la petite fille et l’épicurien), on garde l’impression d’un festival ultra métissé et politiquement engagé. A l’image de «Suave», par exemple, «la plus hot des fêtes de l’été déguisée en spectacle de danse», annonce le programme. La Brésilienne Alice Rippoll a engagé dix danseurs et danseuses des favelas de Rio de Janeiro qui excellent dans l’art du passinho, rencontre du hip-hop et de plusieurs danses traditionnelles (la samba, bien sûr, mais aussi le frevo et le kuduro) L’idée? Montrer une facette inventive et énergique de ce pays à l’actualité secouée (me 6 et je 7, la Riponne).

Energie et liberté aussi à l’enseigne de «Waters on Mars», du jonglage à six mains et une multitude d’objets que les drôles n’hésitent pas à envoyer valdinguer (je 7 et ve 8, la Riponne). Pareil dégagement encore avec «Léger démêlé», spectacle aérien dans lequel les acrobates adorent se piéger (je 7, ve 8 et sa 9, la Sallaz).

Et à Ouchy, que verra-t-on sur cette scène aquatique, un plateau disposé sur une barge mise à l’eau derrière le Château? Depuis le quai, les festivaliers pourront savourer les polyphonies de l’Ensemble vocal de Poche (ve 8), la reprise de «L’Usage du monde», adaptation réussie du récit de Nicolas Bouvier par Dorian Rossel (ve 8 et sa 9), le concert electrofolk de Juana Molina (je 7) ou, avant de sortir de la station de métro, l’installation de la Cie If qui restitue l’atmosphère sonore du Caire… Encore une fois, les pétitionnaires peuvent respirer: le Festival de la Cité 2016 sera généreux et coloré, il ne sera pas élitaire.


Festival de la Cité, du 5 au 10 juillet, Lausanne, 021 311 03 75, www.festivalcite.ch


La Cité en quelques points

Le budget du festival s’élève à 2 millions dont 38% proviennent du sponsoring, 37% de la Ville de Lausanne et du canton de Vaud et 25% de recettes propres.

Il emploie trois personnes à l’année, quinze durant une période de un à six mois et 350 pendant la manifestation, dont beaucoup de bénévoles.

Myriam Kridi et Simone Toendury programment les arts de la scène, Vincent Bertholet programme les musiques actuelles et Jean Prévost programme la musique classique.

La Cité n’est pas totalement abandonnée: douze rendez-vous ont lieu entre le Pont Bessières, la Place Saint-Maur et la Cathédrale.