Grand air

Le Festival de la Cité, un jardin d’éden aux fruits autorisés

Myriam Kridi a présenté l’affiche de la 48e édition du rendez-vous estival cher aux Lausannois. Du 9 au 14 juillet, place à un paradis luxuriant et toujours gratuit

«Je vois le Festival de la Cité comme un jardin d’éden dont chaque visiteur pourrait croquer la pomme sans en être expulsé.» Grande lectrice, Myriam Kridi a trouvé une jolie formule pour présenter, mercredi, les délices de sa quatrième programmation à la tête du rendez-vous estival lausannois, qui se déroulera autour de la cathédrale du 9 au 14 juillet prochains.

Les lieux de cette 48e édition, riche de 89 productions d’arts vivants, de cirque et de musique? Le festival retrouve la place de la Riponne, ainsi que la superbe Friche du Vallon – un standard du passé. Il conserve le Grand Canyon, cette scène de concert postée sur la rue Pierre-Viret depuis deux ans, ainsi que Les Marches du pont Bessières. En revanche, la manifestation ne réinvestit pas la place du Tunnel qui, l’an dernier, avait été le théâtre de jeux d’eau impertinents. «C’est que le festival est un jardin qu’il s’agit de replanter chaque année de façon à trouver un écrin idéal pour chacune des propositions», précise la directrice qui voit décidément la vie en vert.

«Un monde sensible et délicat»

La récolte promet de fait d’être savoureuse. Mercredi, chaque programmateur a présenté ses coups de cœur. Simone Toendury, qui veille sur la danse, a dit tout l’amour qu’elle porte à Campana, un spectacle de cirque pour adultes – les jeunes enfants en seront bannis. Il s’agit de «deux êtres perdus, Bonaventure Gacon, colosse barbu, et la fluette Titoune, qui emmènent le public dans un monde parallèle». Le spectacle, qui sera aussi à l’affiche de Vidy en septembre, «éveille l’attention du public sur un monde sensible et délicat».

La programmatrice a dit aussi beaucoup de bien d’Acte 2 – résister, de la danseuse uruguayenne Tamara Cubas. Cinq danseurs et un chien qui se secouent sur 1500 planches de bois pour un vibrato généralisé. La jeune femme en pince encore pour 13, du Belge Claudio Stellato. Auteur de La Cosa, un ballet de bûches qui avait, dans la Clairière de la Sallaz, enchanté La Cité 2016, le bricoleur de génie revient avec ses clous, ses scies et son bois pour construire à vue des «mariages inédits du corps et de la matière».

Une spirale à la Riponne

Myriam Kridi a aussi ses engouements qui tracent une voie dans ce paradis luxuriant. La directrice s’emballe pour A mon seul désir, une chorégraphie inspirée des célèbres tapisseries médiévales de La Dame à la licorne qu’on peut admirer au Musée de Cluny, à Paris. A cette réflexion sur la virginité, Gaëlle Bourges associe des lapins dénudés pour lesquels une participation publique est souhaitée. A ce stade, 24 des 34 figurants en tenue d’Adam ont déjà rejoint les rangs. «Les dix derniers ne devraient pas tarder», se réjouit la directrice. Qui salue également le retour de Chloé Moglia, une des sensations de 2017 avec sa suspension acrobatique à l’extrémité du pont Bessières.

Cette année, l'artiste s'illustre avec La Spire, une spirale d’acier dont les trois boucles de sept mètres de diamètre vont se déployer sur la place de la Riponne, en ouverture. Sur ces arches, des jeunes acrobates baptisées «les suspensives» évolueront dans les hauteurs sur le saxophone baryton de Marielle Chatain. «Ce spectacle est une parfaite porte d’entrée au festival», sourit Myriam Kridi avant de recommander encore La Fuite, l’histoire d’un danseur qui se bat contre les éléments hostiles à la manière d’un Buster Keaton contemporain ou The Jaguar and the Snake, un rituel mapuche qui réconcilie l’homme et son environnement.

Et la musique alors?

La Cité n’est pas que mouvement. Elle est aussi texte (Pierre Mifsud, Fabrice Gorgerat, Julie Gilbert, Marion Siéfert ou Manon Krüttli sont de la partie), elle est surtout musique. Programmateur de l’affiche classique, Jean Prévost a relevé l’ouverture d’esprit de la saxophoniste suisse Valentine Michaud qui travaille toujours de manière transversale. Ici, c’est avec son frère plasticien que la musicienne propose une danse des voiles appelée Shout. Prononcé Choute, ce terme égyptien définit l’ombre. Ou comment hanter la cathédrale.

Vincent Bertholet est un homme heureux. «C’est la meilleure programmation de ma vie», jubile ce spécialiste de musique actuelle. Mercredi, il a frétillé en annonçant Kokoroko, «le meilleur groupe de jazz actuel». Souffleuses en tête, cette formation d’origine africaine venue du Royaume-Uni fait le buzz sur les réseaux sociaux avec des titres à 3 millions de vues. «Venez les voir! L’année prochaine, la Cité ne pourra plus se les offrir», a lancé le programmateur. Autres coups de cœur? Les frères Portron et leurs guitares magiques, la trompette ensorceleuse de Dave Douglas et le hip-hop très second degré des Fokn Bois. A ne pas manquer non plus, la programmation très pointue et inspirée des labels suisses venus de La Chaux-de-Fonds, Hummus Records et Three: Four. Leur rock énervé pourrait sans problème mettre le feu au Jardin du Petit-Théâtre. Mais comme l’époque est à la douceur climatique et au jardin verdoyant, Louis Jucker et ses amis préparent des sets plus «ambient».


Festival de la Cité, du 9 au 14 juillet, Lausanne.

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