Les beaux écarts du festival de danse Steps

Spectacles Douze compagnies sèment leurs sortilèges jusqu’au 17 mai. Nos conseils

Les chorégraphes sont des fabulistes. Ils brassent les langues et en extraient des gestes fabuleux – parfois. Prenez le Français Mourad Merzouki. Ou le Britannique Akram Khan. Ou encore la Sud-Africaine Dada Masilo. Ils sont à l’affiche du festival de danse Steps, qui essaime une dizaine de spectacles, dès ce soir et jusqu’au 17 mai, à travers la Suisse. Ce rendez-vous, financé par le Pour-cent culturel Migros, est une passerelle, c’est-à-dire un lieu où il fait bon se croiser. C’est ainsi qu’Isabella Spirig, directrice artistique de la manifestation, a conçu cette édition. «J’ai privilégié des artistes déracinés qui s’inspirent d’une tradition liée à leur origine et la renouvellent», raconte-t-elle.

L’affiche qu’elle a conçue lui ­ressemble: chaleureuse, décomplexée et plutôt exigeante. Mais que faut-il voir? «Tout», s’emballe Isabella Spirig, qui sillonne toute l’année la planète et ces fameuses plateformes, où les programmateurs font leur marché. Mais si on était raisonnable? Conseils d’ami en trois actes.

Les néoclassiques

Une première mondiale pour lancer Steps, ce jeudi soir à Zurich. Le Ballet de Zurich et son directeur, Christian Spuck, promettent une soirée distinguée. Avec trois pièces et autant de signatures: celle de Christian Spuck, qui mariera des sonnets de Shakespeare à la 8e Symphonie de Philip Glass; celle de l’Allemand Marco Goecke; et celle surtout du très coté Wayne McGregor, artiste britannique qui s’inspirera de Vivaldi recomposed, de son compatriote compositeur Max Richter. A noter que Notations – titre du ­programme – traversera la frontière des langues, samedi 26 avril au Bâtiment des forces motrices à Genève, samedi 3 mai au Théâtre du Jorat à Mézières et samedi 10 mai au Théâtre du Passage à Neuchâtel.

Echange de bons procédés? Le Ballet du Grand Théâtre présentera le 9 mai à Zurich Mémoire de l’ombre, création du Genevois Ken Ossola, sur des musiques de Mahler.

Les déracinés

Akram Khan et Mourad Mer­zouki font figure d’altesses de la danse contemporaine. Ils appartiennent à une génération de migrants qui a su réinventer sa gé­néalogie artistique et spirituelle. Akram Khan se souvient de ses ­ancêtres bengalis et de leur katak. Il transfigure l’Inde et ses misères dans Desh, solo baigné de féerie, à voir à Zurich les 25 et 26 avril, au Théâtre de l’Equilible à Fribourg les 1er et 2 mai.

Mourad Merzouki, lui, a l’Algérie dans les veines. Et l’amour des transactions lointaines. C’est avec des danseurs taïwanais et français qu’il conçoit Yo Gee Ti, songe tout de laine. Dix créatures s’échappent d’une forêt de fils – œuvre du styliste Johan Ku. Tout devrait plaire dans ce tricot, à l’affiche en Suisse romande de l’Octogone de Pully (le 2 mai), du Théâtre de l’Equilibre à Fribourg (le 4 mai), de la Salle CO2 à La Tour-de-Trême (le 10 mai) et du Théâtre du Passage à Neuchâtel (le 16 mai).

Les mariages mixtes

Le compositeur et percussionniste français Roland Auzet et la danseuse indienne Arushi Mudgal croisent leur destin dans Sama – I can try, à la Salle des fêtes du Lignon, le 8 mai. La Sud-Africaine Dada ­Masilo pourrait quant à elle signer le tube de cette édition. Son Swan Lake déplume Tchaïkovski. Le tutu s’encanaille, notamment, au Théâtre de Vevey le 4 mai, au Forum de Meyrin les 7 et 8.

«Les artistes que je choisis ne font pas la différence entre culture populaire et culture d’élite», précise Isabella Spirig.

www.steps.ch