Si Avignon était Cannes, avec son jury et ses conciliabules, il est probable que La Tempesta de Shakespeare n'aurait pas déclenché de typhon autour de la table. On aurait noté la beauté des plans, l'élégance de la mise en scène, et celle surtout de Fabrizio Bentivoglio dans le rôle de Prospero. Puis, emprunté, on aurait noyé cette tempête dans son verre à whisky et on serait passé à autre chose.

Cette version italienne était pourtant attendue avec curiosité. Giorgio Barberio Corsetti, un moment pressenti pour succéder à Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan, est à 47 ans un metteur en scène estimé. Ses goûts l'avaient jusqu'à présent plutôt porté vers des auteurs comme Kafka, Pasolini ou encore Artaud. Et on se demandait comment cet artiste, qui aime allier images vidéo ou cinématographiques et théâtre, allait faire briller la perle shakespearienne.

C'est que l'histoire de Prospero, ex-duc de Milan, jeté avec sa fille Miranda sur une île ensorcelée par son félon de frère, est un concentré d'humanité. On y croise l'amour instantané et éternel, l'animalité aux abois (Caliban, pauvre monstre traqué par son époque), et un désir éperdu de connaissance (Prospero, l'homme qui cherche son salut dans les livres). Le tout forme un miroir dans lequel l'artiste se cherche un visage.

Un conte à découvert

Que cette dimension autoréflexive ait intéressé Corsetti, rien d'étonnant. La première scène affirme d'ailleurs ce théâtre dans le théâtre. Dans un froissement de tôles en guise d'orage – l'un des plus vieux trucs de la scène – et dans un méchant frisson de violon, on découvre les naufragés tirés à hue et à dia. Puis voilà qu'Ariel escamote le voile transparent qui nous séparait de la scène. Le conte est lancé, il se jouera à découvert, sur un plateau mobile, entre deux tours tubulaires. C'est de ces deux promontoires que Prospero et Ariel exerceront leur pouvoir d'enchanteur et qu'ils se poseront ainsi en doubles du metteur en scène. L'image des héros multipliée à l'infini dansera plus tard sur le cyclorama.

Trop d'images

D'où vient alors que tant d'effets produisent si peu de magie? D'abord du caractère glacé d'une esthétique nette et jolie, mais pas déroutante. Ensuite d'un goût immodéré pour l'image, qui ici flirte avec les modes et finit par avoir raison de la fantaisie de l'œuvre, sa poésie terrienne. Comme pour rappeler qu'une belle photo n'est pas synonyme de vision forte.

Avignon. Théâtre municipal, les 15 et 16 juillet à 21 h 30, tél. 0033/490 14 14 14.