Il est 14 heures. Adrien (20 ans, chant, guitare), Karim (20 ans, batterie), Félix (19 ans, guitare) et Béral (21 ans, basse) sortent de leur bus à étage - 14 couchettes, deux petits salons, un WC mais pas de salle de bains - avec l'air d'oisillons tombés du nid. «C'est notre première vraie tournée», s'enthousiasme Adrien, rentré dans sa peau de dandy rocker (jean cigarette, marcel échancré, collier, petite veste noire), «j'aime ces ambiances, on rencontre plein de gens».

L'excitation se vit en bande. «Le plus grand plaisir des tournées, c'est d'être avec mes potes, comme dans un petit gang, affirme Karim. Les conneries, les filles, les bières... C'est exactement comme cela que j'imaginais le rock'n'roll.» Cette complicité est utile, aussi, pendant les longs moments d'attente inhérents à la vie sur la route. Séances de jeu vidéo, petits bœufs avec guitares et basse acoustiques, recherche de chansons et de clips sur les ordinateurs... Karim s'amuse avec des pétards à mèche. Il y a quelques jours, le batteur métis s'est fait tatouer deux colts au-dessus du cœur. Adrien s'inquiète pour sa voix.

Les exigences de la promotion

Yannick, un énergique quadragénaire, est leur tour-manager. A la fois directeur de l'équipe technique (quatre personnes qui cohabitent avec les musiciens), coordinateur de la tournée, grand frère qui rassure et fixe les limites si besoin. Les exigences de la promotion sont quasi quotidiennes.

Raconter donc, toujours et encore, la première guitare d'Adrien, offerte par l'ancien Charlot, Luis Rego, un ami de la famille; ses premières chansons écrites à l'âge de 11 ans; le groupe formé peu après avec Karim, ami depuis l'école primaire de la rue d'Alésia; les influences de Nirvana, Sum41, Noir Désir puis des Strokes et des Libertines; la rencontre décisive avec Claude Sitruk, ancien chanteur des Costards, devenu producteur papa-poule d'un premier album, Blonde comme moi (sorti en mars 2007), vendu à plus de 150000exemplaires.

«Ils sont trop beaux»

La référence à la génération des «bébés rockers parisiens», éclose un peu avant eux, a tendance à les fâcher. «En Angleterre, personne ne traite les Arctic Monkeys de bébés alors qu'on a le même âge!», répète souvent Adrien. «Au début, on avait du mal à les vendre, reconnaît Bruno Vanthournout, responsable de Yapucca, leur producteur de spectacles. En province, beaucoup n'avaient pas apprécié l'arrogance des groupes de cette vague rock parisienne. Ceux qui ont programmé les BB ont été surpris que ça marche aussi bien.» En un an, les cachets du quatuor sont passés de 3000 à environ 30000euros. Avant le concert de Musilac, à Aix-les-Bains, une équipe de sécurité est dépêchée en renfort devant l'afflux des fans - surtout féminins - à une séance de dédicace. Perrine, 14ans, des textes des chansons recopiés sur les bras: «Ils sont trop beaux, chantent trop bien. Leurs paroles me parlent.» Esther, 15ans, a dessiné le nom d'Adrien sur son tee-shirt et des cœurs sur ses joues: «J'adore les lunettes de soleil rouges de Félix.»

L'osmose entre Félix «le bienheureux», le calme Béral, l'explosif Karim et l'intense Adrien reproduit de vieux schémas. «Sans artifice, avec un maximum d'énergie, le rock'n'roll m'a permis d'exprimer exactement ce que je ressentais», revendique Adrien. Avant de penser à la prochaine destination, des étoiles plein les yeux.