Pour sa troisième édition, le Festival du film fantastique de Neuchâtel (NIFFF) a connu une forte hausse de fréquentation. Ses organisateurs annonçaient dimanche après-midi quelque 6000 spectateurs (4500 l'année dernière). Au-delà des chiffres, la manifestation semble bien trouver ses marques. Le fait que samedi, par une douce après-midi, une salle était pleine pour la projection d'un thriller suédois inconnu ici (The Invisible, qui a de plus décroché le prix du jury) en dit long sur le capital de sympathie, et de confiance, que le festival constitue peu à peu. Conséquence, ses responsables ont dû faire face à leurs premiers soucis concrets: files d'attentes et retards.

Danny Boyle lauréat

Présidé par le réalisateur français Marc Caro, le jury a consacré 28 Jours plus tard, de Danny Boyle (Trainspotting, La Plage), course dans une Grande-Bretagne post-apocalyptique dont les habitants ont dégénéré à la suite d'un virus (sortie le 16 juillet). Fable sur la cruauté de l'homme pour l'homme, ce film de zombies auteuriste résume bien les deux principales tendances du genre, entre œuvres canoniques et détournements personnels. Pour la deuxième fois déjà, le Japonais Miike Takashi est couronné du Prix du Jury pour Gozu, dérive surréaliste d'un gangster dans une ville peu ordinaire. Le court métrage Loups, de Hugo Veldo, est aussi salué, tandis qu'un petit jury de lycéens neuchâtelois a fait preuve d'audace en accordant son prix à New Blood, histoire de malédiction venue de Hongkong, forte en poésie visuelle.

Cette édition 2003 a été marquée par une rétrospective consacrée à un maître des effets spéciaux, Ray Harryhausen (LT du 28 juin), venu, à 83 ans, raconter ses travaux et exhiber non sans malice quelques trésors de ses collections. Emouvant hommage. Par ailleurs, les 10 films de la compétition internationale ont fourni la preuve que les animateurs du NIFFF haussent chaque année un peu plus leurs critères de sélection. A l'exception de Sangre Eterna, histoire de vampires d'une rare crétinerie, les œuvres présentées se sont révélées d'un bon niveau. A l'heure où le fantastique pourrait être plié aux standards télévisuels, cette compétition a illustré des choix souvent radicaux, par une réalisation inventive et une photographie soignée, parfois même trop sombre pour une diffusion TV.

Des registres éloignés

Genre multiforme, le fantastique sait investir des registres éloignés tels que le film de guerre (Deathwatch, quand des poilus britanniques sombrent dans la folie, époustouflant premier long métrage de Michael J. Bassett) ou la balade psychologique (le japonais Drive, touchante rencontre entre un homme compulsivement discipliné et un trio de loubards). Cette diversité est appelée à devenir la marque de fabrique du NIFFF, au point sans doute, dans les années à venir, de susciter quelques arbitrages délicats entre un fantastique classique très populaire (Wrong Turn, suspens horrifique millimétré) et les œuvres d'inspiration plus poétique ou sociale. Mais c'est là une question de dosage subtil, presque un luxe pour un festival si jeune.