Le voyageur sort de la gare et c’est un portrait géant de Cindy Sherman qui l’accueille. Le passant déambule et croise les images ambivalentes de Noémie Goudal ou Irina Werning. Il sourit aux baigneurs de Julie Sorrel étalés sur la pelouse du Grand hôtel du Lac. Le narcissique, lui, peut prendre la pose devant les fonds peints de Philip Kwame Apagya, les figures géantes d’Ella & Pitr ou encore dans le photomaton de JR. Depuis samedi 8 septembre, le festival Images a pris ses quartiers dans les rues veveysannes. Outre les travaux captivants de Liu Bolin et Sohei Nishino, dont le Temps a déjà parlé (LT des 11 et 15 septembre), sept expositions à ne pas manquer. Gohar Dashti: Today’s Life and War

(Gohar Dashti) Une femme étend son linge sur un fil barbelé. Un couple déjeune devant un char ou embarque en mariés dans une carcasse de voiture. L’Iranienne Gohar Dashti explore les conséquences des conflits armés sur le quotidien. Entre une mise en scène absurde et des personnages inexpressifs, la série dit le fatalisme et la détermination de ceux qui continuent à vivre non loin des fronts. René Burri: Révolution à vendre
(Céline Michel) Son portrait du Che, réalisé en 1963 à La Havane, est sans doute l’une des images les plus connues. Une icône. Elle est aussi, dès lors, l’une des plus détournées au monde. Le Guevara de René Burri figure sur des pare-soleil, des pulls pour chiens, des strings, des boîtes à cigares, des poupées russes ou des étuis pour Iphone, sans que le photographe n’ait touché un centime sur ces objets. L’exposition, présentée comme un magasin, pose la question des droits d’auteur, à l’heure où les images se volent par milliers sur Internet. Joli clin d’oeil, le graffeur portugais VHILS a sculpté à la perceuse le portrait du Che dans un mur de l’ex-EPA. The hidden mothers
(Colelction David Bass) Photographier un bébé sans le tenir n’est pas chose aisée. Au XIXè, les temps de pose rendent le défi quasi-impossible. Les portraitistes demandent aux mères de saisir les bambins dans leur bras, mais pour préserver la singularité du petit modèle, ils cachent les génitrices. Drapées d’un tissu foncé, éloignées du sujet mais tendant la main le plus loin possible, elles disparaissent de l’image, recouvertes ensuite par les marie-louise. La plupart de ces cadres cartonnés ont aujourd’hui disparu; restent les ferrotypes. Les mères, du coup, ressurgissent tels des fantômes inquiétants, des Afghanes emburqannées ou des dames à la tête coupée. Taylor Jones: Dear Photograph
(Taylor Jones) Depuis 2011, le jeune Canadien Taylor Jones invite les internautes à poster des images sur son blog. Un concept unique: re-photographier un cliché à l’endroit où il avait été pris, ajouter un mot. Sur les tirages, beaucoup d’enfants, de familles ou de personnes aujourd’hui disparues. Dans les commentaires, des souvenirs, des anecdotes, des déclarations touchantes. Nadav Kander. Bodies. 6 Women, 1 Man
(Nadav Kander) Des corps blancs sur fond noir, la peau recouverte d’une fine pellicule de maquillage. Des cheveux roux. Des poses alanguies, évoquant la peinture classique. Des paysages plus que des corps. Dieter Meier et Yello
(Dieter Meier) Yello, groupe zurichois mythique des années 1980, donna peu de concerts mais réalisa une multitude de vidéos. Dans les bunkers de l’ex-EPA, les clips kistch tournent en boucle et la musique s’échappe des casques. Parallèlement à la création de tubes, Dieter Meier, l’un des membres du duo, développa des projets photographiques. «As Times Goes By», ainsi, consiste en la confrontation de deux portraits, datés de 1974 et 2005, soutenus par une courte biographie. Heinz Imboden, plombier de Romanshorn y côtoie Flavio «Pipo» Rozzetti, cocaïnomane italien ou Peter Hampel, écrivain autrichien. Tous ont la gueule de l’emploi mais le visage de Dieter Meier. Shoot
(Berenice Abbot) Ce fut l’une des expositions phares des Rencontres d’Arles de 2010. Shoot revient sur ceux qui tirent leur portrait plutôt que de se le faire tirer. Après la première guerre mondiale, des stands de «tir photographique» firent leur apparition dans les fêtes foraines. Lorsque le joueur touche la cible au centre, il déclenche un appareil puis reçoit son image. Beaucoup s’y frottèrent et si le cliché de Sartre et de Beauvoir est fameux, l’exposition montre aussi une figure anonyme mais récurrente: une grosse dame qui courait les foires pour user de la carabine. Le dispositif a été reconstitué à Vevey; avis aux amateurs. Festival Images, jusqu’au 30 septembre à Vevey. Rens: www.images.ch