trajet

Festival Images: le parcours du «Temps»

Les 61 projets de 58 artistes métamorphosent Vevey depuis samedi dernier, jusqu'au 30 septembre. Nos choix comme pistes pour s’y retrouver, aussi avec les enfants

Jusqu'au 30 septembre, le Festival Images anime Vevey et rayonne bien loin à la ronde. L'offre est touffue: comment s'y retrouver? Nos propositions.

Lire aussi: Les jolis mondes du festival Images

■ Arnold Odermatt: En service (Façade BCV, place de la Gare)

Arnold Odermatt est sans doute le policier le plus connu de Suisse. Entré en service en 1948 à Nidwald, l’homme a documenté pendant plus de quarante ans les accidents de la circulation et le quotidien de ses collègues. En majesté sur la façade de la BCV – sur une bâche de 500 m2, un poulet fait le poirier. En plus petit, un collègue balaie un panneau «sens interdit», sept agents contrôlent simultanément sept voitures et la police du lac baguenaude en chemisette.

■ Emeric Lhuisset: L’autre rive (gare CFF)

D’abord des combattants kurdes héroïsés, photographies grand format façon peintures de la Renaissance. Puis les mêmes en Europe, au mieux anonymes, au pire rejetés. Ces tirages-là, plus petits, sont des cyanotypes condamnés à devenir totalement bleus d’ici à la fin du festival. Une allégorie de l’invisibilité qui attend les réfugiés ici tant que de cette Méditerranée qui les avale en cours de route.

■ Erwin Wurm: Narrow House (Salle del Castillo)

1m de large pour 20 de long; la «maison étroite» d’Erwin Wurm (lire le T du 8 septembre 2018) a pris ses quartiers dans la belle salle del Castillo. Cuisine, salle de bains, séjour, chambre… tout le confort s’y déploie de manière étirée. Façon de dénoncer, pour l’artiste autrichien, l’esprit étriqué des années 1950 et 1960, cette villa étant la réplique de celle de ses parents. Une visite à la fois ludique et angoissante.

■ Olivier Blanckart: Moi en… (Salle del Castillo)

Jean-Luc Mélenchon, Angela Merkel, Charles Trenet ou le dalaï-lama, tous sont reconnaissables au premier coup d’œil. Et pourtant tous sont des portraits d’Olivier Blanckart. A coup d’accessoires et de maquillage, le Français se glisse dans la peau des autres, avec un rare don de mimétisme. Les photographies sont moches mais la série est stupéfiante.

■ Lorenzo Vitturi: Caminantes, no hay camino, hay que caminar (Débarcadère CGN, quai Monnerat)

En hommage à son père qui quitta Murano pour ouvrir une usine de verre au Pérou, Lorenzo Vitturi a refait le voyage. Dans ses bagages, quelques morceaux de verre colorés, qu’il a mariés une fois sur place à des étoffes, des cailloux ou des épis de maïs, sculptures métissées et émouvantes.

■ Lorenzo Castore: Ewa et Piotr (Droguerie)

Alors qu’il réside à Cracovie, Lorenzo Castore croise dans la rue Ewa, sexagénaire excentrique. Elle l’emmène chez elle: il découvre un taudis, un frère alcoolique et les dizaines de photographies d’une enfance dorée. L’artiste achète les vieux tirages et se met à photographier le duo perdu. La confrontation de ces deux mondes résonne de manière particulièrement touchante dans l’appartement délabré de la droguerie veveysanne. Un beau livre de ce projet existe aux Editions Noir sur blanc.

■ Martin Zimmermann & Augustin Rebetez: Les catacombes de M. Skeleton (Droguerie)

Augustin Rebetez a un invité dans son monde joliment frappé. Martin Zimmermann endosse divers rôles, dont celui du fantôme d’un patron riche et désagréable assassiné par son larbin. Dans la cave de la droguerie transformée en catacombes, M. Skeleton s’ébroue joyeusement au rythme de la musique. Personnages de train fantôme, installations variées, projections, sons, c’est un univers total dans lequel nous sommes conviés, à la fois grinçant et bon enfant.

■ Coco Fronsac: Chimères et Merveilles (Place Scanavin)

Aux vieux portraits noir et blanc glanés sur les marchés, Coco Fronsac ajoute à la gouache des masques colorés. Aux images pincées d’une France du début du XXe siècle, elle offre les couleurs d’Océanie ou de Papouasie. Ce monde fantasque et poétique a trouvé un bel écrin place Scanavin. Collés sur les vitrines de l’ancienne ferronnerie, les personnages offrent – moyennant quelques percées – une vue sur l’intérieur de la boutique, elle-même habitée de créatures bigarrées. (LT du 8 septembre 2018)

■ Michela Benaglia & Emanuela Colombo: Beatle in the Box (Jardins de l’Alimentarium)

Si ce qui est beau est bon, alors vous reprendrez bien un peu de ces mini-quiches à la tarentule séchée ou de cette mousse de scorpion? Partant du postulat qu’il faudra en passer par là pour nourrir une humanité à 10 milliards de têtes, Michela Benaglia & Emanuela Colombo ont conçu des mets gastronomiques à base d’insectes, aidés par un chef et un biologiste. Dans les jardins de l’Alimentarium, ces plats réellement appétissants sont présentés à côté des insectes qui les ont inspirés.

■ Angélique Stehli: Pink Cells (Ancienne prison)

Aux Etats-Unis comme en Suisse, certaines cellules de prison sont peintes en rose. La teinte atténuerait les tensions nerveuses ainsi que la pression artérielle des personnes agressives. Angélique Stehli a photographié ces geôles particulières. Les images sont placardées dans le hall tout en hauteur de l’ancienne prison de Vevey, tandis que deux cellules sont ouvertes au public, l’une blanche et l’autre rose. Une occasion rare de pénétrer dans une prison qui était en service il y a quelques années encore.


Festival Images, jusqu’au 30 septembre à Vevey, tous les jours de 11 à 19h.


Itinéraire pour les enfants

Arnold Odermatt (Façade BCV, place de la Gare): lire ci-dessus.

Bernard Demenge (Passage Paul-Cérésole): des giffs rigolos à coups d’accessoires domestiques.

Erwin Wurm (Salle del Castillo): lire-ci dessus.

Naomi Harris (Salle del Castillo): un studio photo pour poser façon Heidi ou Yakari.

Philippe Durand (Jardin du Rivage): des images imprimées sur d’immenses coussins gonflables.

Martin Zimmermann & Augustin Rebetez (Droguerie): lire ci-contre. A réserver aux plus grands.

Coco Fronsac (Place Scanavin): lire ci-dessus.

Pierrick Sorin (Théâtre oriental): un théâtre optique pour rejouer les pas de Neil Armstrong sur la Lune.

Un escape game, via une application pour smartphones, a également été imaginé pour visiter les expositions autrement: DestinationUtopie. 

Publicité