Après un premier festival dédié au flamenco, voilà qu'une Andalousie plus métissée et maure surgit dès ce soir dans une seconde manifestation inédite à Genève, Mediterra Nostra. Festival lui aussi, il promet de se concentrer sur les cultures méditerranéennes, au sens forcément large, avec danse, musique et gastronomie. Avec Les Orientales, ce rendez-vous s'inaugure avec un projet aussi ambitieux que passionnel dont l'idée a germé sur sol romand, lors de la dernière escale de Barrio Chino, formation marseillaise aux âmes siamoises: Sylvie et Gil Aniorte-Paz. La paire en recherche de ses racines a publié il y a quatre ans un album intitulé justement Mediterra Nostra, qui fusionnait habilement flamenco, arabo-andalou, polyphonies corses et airs de Cuba. Le groupe se produira d'ailleurs samedi.

Avec Les Orientales, la fratrie Aniorte-Paz explore plus avant le répertoire principalement oral du bassin méditerranéen et rend un hommage moderne par son dépouillement et ses harmonies au Music-Hall d'Algérie des années 40-60. Autour de trois voix féminines de nationalité et confession différentes (Sylvie Aniorte, Mona Boutchebak qui présente aussi son projet solo Le diwan de Mona vendredi et Saléha Moudjari), Barrio Chino a réuni quelque 17 musiciens juifs, musulmans et chrétiens pour se réapproprier un patrimoine sonore commun. Même si sur le papier l'orchestre est franco-algérien. Entre l'Espagne, l'Amérique latine et le Maghreb, il n'y a que va-et-vient musicaux, influences réciproques et donc hybridations rythmiques que Les Orientales restituent en arabe, français et espagnol sur une tonalité générale andalouse. Mais truffées d'incursions dans le tango, le cha-cha ou la rumba espagnole.

Au fil d'allers-retours et résidences entre Alger et Marseille trois ans durant, Les Orientales ont convié des invités de marque, compositeurs ou interprètes d'une époque dorée: l'immense pianiste Maurice El Médioni ou Lili Boniche, figure de la musique judéo-arabe. D'un hommage à la seule musique oranaise envisagé au départ, le projet s'est donc étoffé et complexifié pour finalement incarner le seul versant musical abouti de la commémoration des 40 ans de la guerre d'Algérie. Arrangeur et multi-instrumentiste du projet, Gil Aniorte-Paz a entrepris un colossal travail de fouine d'archives afin de donner vie aux partitions «inexistantes ou en lambeaux» des 14 morceaux retenus.

Festival Mediterra Nostra, Salle de la Traverse, Genève (rue de Berne 50). Ve 26 et sa 27 nov. à 20h. (Rens: www.mediterranostra.com, Loc: Fnac). CD: Les Orientales, Music-Hall d'Algérie (dist. Disques Office)