Très joli festival de jazz dont les thématiques visent toujours juste, Nova Jazz propose cette année une route vers l’Orient, qui mène de la Suisse à l’Arménie. «Sur la route d’Erevan» s’achève donc comme de bien entendu par un concert événement du meilleur trio de la planète, celui de Tigran Hamasyan. Le natif d’Arménie, qui a tout conquis à Los Angeles et dans les terres sacrées du jazz international, est passé en quelques années de jeune virtuose auquel certains reprochaient sa trop grande aisance à un maître de l’intériorité et de la quête éperdue de répertoires intacts. On aime évidemment que son batteur soit un Genevois: Arthur Hnatek.

Autour de cette promesse puissante de voir le Tigran Hamasyan Trio dans une salle relativement intime, après des concerts dans les philharmonies européennes, le festival vaudois fomente une affiche où les arguments abondent. Eyot, très jeune quartet aux inspirations serbes, aux modes tournicotés et aux rythmiques complexes, ouvre ce bal nomade. La sublime chanteuse arménienne Areni Agbabian, compagne de route de Tigran Hamasyan, présente son duo avec le batteur Nicolas Stocker qu’on avait déjà repéré dans les alentours du bonze zurichois Nick Bärtsch. Autre voix du label allemand ECM que l’on connaît bien ici, Elina Duni rameute son fascinant orchestre où la guitare de Rob Luft glisse sous son timbre éthéré des perles de pluie.

Musiques qui dérapent

Un hommage à Emir Kusturica et son No Smoking Orchestra, sa dégaine de routier de la fête, rassemble des forces locales dont le violoniste Baiju Bhatt, le trompettiste Michaël Conus et le directeur lui-même de la manifestation, le bassiste André Hahne. Ils joueront des thèmes du Temps des Gitans ou d’Underground, avec la verve imparable de ceux qui raffolent des musiques lorsqu’elles dérapent.

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Autre création emballante, celle très peu scolaire du Hemu Jazz Orchestra, qui invite le saxophoniste et compositeur Ilhan Ersahin, que l’on connaît pour son quartet Instanbul Sessions et qui est aujourd’hui une figure de l’avant-garde new-yorkaise. La direction artistique de l’affaire est confiée à un percussionniste qui connaît parfaitement la houle du Bosphore: Cyril Regamey. Dernier concert de cette édition voyageuse, la chanteuse et pianiste Macha Gharibian travaille au corps ses racines arméniennes et ses notes bleues sans qu’on ne sache très bien lesquelles relèvent de la génétique ou de l’inspiration.


Nova Jazz, Yverdon-les-Bains, du 27 au 30 janvier.