En annonçant une première fois sa démission en 1998, Marco Müller avait certes renforcé sa position face au président d'alors, Raimondo Rezzonico, mais il s'était également coupé de ses troupes. Cette crise de confiance était devenue plus aiguë avec l'arrivée, en septembre dernier, du nouveau président Giuseppe Buffi. Le politicien avait ranimé la flamme de l'équipe et, d'après certains de ses membres, constitué une barrière protectrice contre Marco Müller, piètre communicateur. Giuseppe Buffi incarnait pour beaucoup l'espoir d'un changement. Une révolution même, qui devait mener au remplacement pur et simple du directeur.

Car c'est bien un coup d'Etat qui affleure dans le départ de Marco Müller: un personnel qui fantasme après la reprise en main du festival par Giuseppe Buffi; un directeur qui comprend que ses collaborateurs, notamment regroupés autour de sa propre cheffe du secteur programmation Maria Teresa Cavina, rêvent d'une direction partagée (bicéphale voire tricéphale, nous a-t-on confié maintes fois ce week-end de l'intérieur même de l'organisation). Et soudain, juste avant le festival, une crise cardiaque emporte Giuseppe Buffi. Le lendemain, Marco Müller, donne sa lettre de démission au Conseil de direction. Locarno se retrouve doublement décapité. L'incertitude pour 2001 (du 2 au 12 août) est telle qu'elle pourrait contribuer à la nomination, par défaut, de ceux qui souhaitaient se substituer depuis longtemps à Marco Müller. Le capitaine a quitté le navire, mais, après neuf ans à la tête du Festival de Locarno, les désaveux internes comme externes ont intimé à Marco Müller la conviction qu'il avait fait son temps.

T. J.