«On va de sommet en sommet…» Ce mélomane ne croyait pas si bien dire lorsqu'il y a une semaine, il parlait des concerts du Verbier Festival & Academy. Et, comme pour confirmer ses paroles, les chiffres parlent d'eux-mêmes: 26 000 entrées payantes – soit plus de 1,3 million de francs suisses – pour les 17 soirées de la Salle Médran et les concerts à l'Eglise blanche. Ce qui représente une augmentation de 25% de recettes par rapport à l'année dernière. Des chiffres d'autant plus vertigineux qu'en 1999, le taux de fréquentation avait déjà grimpé de 42%. «En deux ans, on a pratiquement doublé les recettes», commente le directeur de la manifestation, Martin Engström, sachant que le budget de cette année s'élève à 2,6 millions de francs. Et pourtant, la pluie était là, quasiment non-stop – l'ennemi numéro un du festival.

Mais n'est-ce pas un faux problème? «Je n'ai reçu aucune réclamation», rétorque Martin Engström. «De toute manière, on est tous dans la même tente…» Signe que l'affiche tient la route, malgré les plaintes de certains auditeurs, qui ont pesté contre ce toit débitant sa propre musique en concurrence avec celle des artistes. «La commune de Bagnes a acheté un terrain au cœur de la station, près du minigolf, déclare le Suédois. Le contrat vient d'être signé. L'idée est de construire un grand bâtiment pour l'Office du tourisme ainsi que pour les concerts, qui abriterait 1600 places et serait opérationnel dès 2003-2004. Mais je ne peux pas m'occuper de la recherche de sponsors, je suis déjà pris par le festival.» Un projet qui n'est donc pas une promesse.

Comment expliquer le succès de Verbier? Pourquoi le nombre d'abonnements permettant d'assister à tous les concerts a-t-il doublé depuis un an? «A présent, c'est le public qui vient à nous, constate Martin Engström. Et il suffit de parler à Dvora Lewis, représentante de l'Orchestre symphonique de Londres, pour comprendre qu'à l'étranger, la programmation impressionne: «Peu de festivals affichent tant de vedettes à la fois, et surtout ensemble, sur un même plateau.»

Rencontres inédites et air pur: la recette n'a donc pas changé, sachant que les premiers intéressés sont les musiciens. «En définitive, ce sont eux qui aiment venir ici, explique le journaliste anglais Norman Lebrecht, même s'ils gagnent beaucoup moins qu'ailleurs. Mais on leur offre le cadre, la nourriture, l'hébergement avec la famille et les amis. Et comme ils se rencontrent dans la montagne, autour de la musique de chambre, ils ne se sentent pas obligés de jouer aussi impeccablement que lors des tournées dans les grandes villes.» A l'inverse, certains artistes sont paralysés par la présence de leurs collègues: ce fut le cas du pianiste Stephen Kovacevich, terrorisé à l'idée de savoir Martha Argerich et Evgeny Kissin dans la salle. Deux monstres sacrés.

Voilà le pari de Verbier: oser confronter les plus grandes vedettes d'aujourd'hui autour d'un seul morceau, en espérant qu'elles puissent faire taire leur ego pour trouver un langage commun. Parfois le rendez-vous est manqué: le pianiste Zoltan Kocsis n'a pas pu s'empêcher de couvrir Mischa Maisky dans les «Sonates pour violoncelle» de Bach. A l'inverse, Lynn Harrell a décoincé ce stalagmite de Michel Dalberto dans la «Sonate pour violoncelle» de Rachmaninov. Ils ont fini par blaguer sur scène… Et l'artiste américain, après avoir joué en rappel un extrait de Don Quichotte de Richard Strauss, a même gratifié l'assistance d'un hommage au festival: «Verbier est notre maison à tous. Merci Cervantes, merci Verbier et merci l'UBS». C'est ce qui s'appelle avoir l'esprit de raccourci.