Il y a des indices qui ne trompent pas: c'est quand un local de répétition se vide, qu'on entasse les chaises des musiciens. Soudain, ce lieu redevient ce qu'il a toujours été – une salle de gymnastique. Verbier décompresse. Hier, dans les bureaux du Festival, on sortait des boîtes de chocolat; on piochait là-dedans avec un sourire malicieux; on parlait de Martha Argerich, partie après avoir prolongé son séjour à la montagne. C'est signe que la pianiste aime Verbier: elle reviendra en 2002.

Mais pour l'heure, on dresse le bilan 2001: 27 000 billets vendus. Soit une légère augmentation par rapport à l'année dernière. Les recettes s'élèvent à 1,450 million de francs, soit 10% de plus que l'an dernier. La salle Médran a fait salle comble quatre soirs: «Martha» a participé à trois de ces concerts. C'est signe que le public l'adore. Et que le festival tient la forme, malgré la pluie diluviale qui a souillé quelques concerts.

Voilà pourquoi, chaque année, on parle de construire une vraie salle. Guy Vaudan, président de la commune de Bagnes, a annoncé l'étude d'une salle de spectacle par l'administration cantonale. Elle permettrait d'accueillir 1 500 personnes et son emplacement en station serait aussi stratégique que celui de Médran. Si le projet aboutit, il y aura un concours d'architectes; le plan financier sera dévoilé en 2002. Mais tout cela dépend des sponsors: sans leur engagement massif, le projet s'effondrera.

Beaux souvenirs de Médran

Tant mieux, disent certains. Car la tente Médran dégage une atmosphère de fête, de colonie de vacances. C'est là que l'édition 2001 aura laissé ses plus beaux souvenirs: les doigts de Martha Argerich, ces doigts qui brûlent le clavier dans une Sonate de Scarlatti; toujours les doigts de «Martha», en synchronie parfaite avec ceux d'Evgeny Kissin; pleins de doigts, encore, car l'édition 2001 fut celle des pianistes. Nelson Freire a terminé le festival en apothéose, samedi, à l'église de Verbier: on sent l'homme d'expérience. Une décontraction, une simplicité viscérale dans les Scènes d'enfant de Schumann. Un toucher tendre et magique, comme celui de Mikhail Pletnev, qui a métamorphosé le Premier Concerto de Tchaïkovski, il y a une semaine, en une œuvre nouvelle.

Verbier reste un champ d'expérimentation. Les rencontres iné-dites entre de grands et jeunes musiciens donnent des résultats aléatoires. Mais c'est l'UBS Verbier Festival Youth Orchestra qui symbolise au mieux – et avec quel éclat! – la nécessité d'un effort commun: sous la baguette de Kent Nagano, 106 musiciens de 31 pays ont transcendé L'Oiseau de Feu de Stravinski, tout cela avec une précision exemplaire. N'est-ce pas le feu sacré qui soude ces jeunes?