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L’orchestre sud-africain Miagi.
© Miagi

Musique

Au festival de Verbier, du classique avec une touche africaine

L’orchestre sud-africain des jeunes Miagi investit le festival de Verbier jusqu’au 28 juillet, à l’occasion du centenaire de la naissance de Nelson Mandela. Cet orchestre multiracial a fait salle comble à la Philharmonie de Hambourg, le 6 juillet, où il a commencé une tournée de 14 concerts

«L’orchestre Miagi est l’expression d’une nouvelle génération multiraciale qui joue avec une flamboyance particulière.» Robert Brooks, 63 ans, parle avec passion de Miagi, un acronyme en anglais pour «la musique est un grand investissement». «Quand je suis revenu en Afrique du Sud en 2001, explique ce ténor qui a fait une carrière internationale en étant basé en Allemagne pendant dix-huit ans, il n’y avait presque aucun Noir dans les orchestres classiques. J’ai eu l’idée de mélanger musique européenne, africaine et jazz pour drainer un nouveau public. Nous sommes en Afrique et il y a tellement de façons de s’exprimer à travers la musique orchestrale.»

Et ça marche. Miagi a fait salle comble lors de tournées précédentes en Europe, notamment à la Philharmonie de Berlin 2014. Tout comme pour son premier concert, à l’Elbphilharmonie de Hambourg, le 6 juillet, où l’orchestre a été ovationné. Les musiciens ont dansé de joie, et même certains membres du public.

Pays «arc-en-ciel»

Les «miagiciens», âgés de 14 à 26 ans, en majorité Noirs, vont donner 14 concerts dans six pays européens, y compris la Suisse où Miagi est un invité officiel du festival de Verbier: en plus de concerts sur des places publiques, l’orchestre jouera le 23 juillet à l’Ecole de la Comba et fera un atelier le 26 avec des enfants. Au programme des concerts, Beethoven, Mahler, Bernstein, Stravinski mais aussi Rainbow Beats. Cette composition créée par le jeune chef d’orchestre britannique en vue Duncan Ward (qui dirige Miagi pendant la tournée) part de chants tribaux, africains et européens, passe par de la danse «groove» pour aboutir à «un voyage kaléidoscopique» qui célèbre l’héritage de Mandela: la tournée se place dans le cadre des célébrations du 100e anniversaire de la naissance du «géant» sud-africain, le 18 juillet.

«On vient d’un passé très divisé en Afrique du Sud, explique le trompettiste de Soweto, Bhekinkosi Hlatshwayo. Robert a voulu créer, à travers la musique, le pays «arc-en-ciel» rêvé par Mandela. L’orchestre reflète l’énergie joyeuse de la jeunesse sud-africaine.»

Hollywood musical

Hlatshwayo aimerait pouvoir ne jouer que du classique. Mais il n’y a plus de formations philharmoniques permanentes en Afrique du Sud. «Nous sommes obligés d’être versatiles. On joue aussi du jazz et de la musique africaine.» Lui-même enseigne à Cape Miagi. Ce centre, ouvert en 2008 à Soweto, dispense des cours de musique à 180 enfants, dans des écoles depuis la maternelle et, chaque samedi matin, dans ses locaux. Le joli bâtiment moderne aux couleurs chaudes retentit des sons du violon, de la trompette, de la batterie, des percussions et du penny whistle (la flûte en métal des townships). Le contraste est saisissant avec l’aspect délabré du hall de l’école voisine, aux fenêtres brisées.

«Les enfants ont rebaptisé notre centre «Hollywood», raconte Hlatshwayo. Ici, pour eux, c’est un havre de paix.» La musique les aide à s’épanouir, sur le plan intellectuel et social. «Si tous les enfants apprenaient un instrument, il n’y aurait pas tant de problèmes de drogue, de criminalité et de grossesse précoce», confie Kgothatso Molowane, 15 ans, une violoncelliste qui respire la confiance en soi. Elle suit des cours par Skype donnés à 40 élèves par des professeurs du Conservatoire de l’Université de Birmingham.

D’Eminem à Mozart

Hlatshwayo a appris le piano et la trompette dans une école de musique classique de Soweto. «Mon père, un pasteur, m’a envoyé suivre des cours, parce qu’il n’aimait pas Eminem, que j’écoutais à la maison», raconte-t-il. Mais d’autres, comme Mlungisi Zulu, 26 ans, sont autodidactes. «J’ai découvert la musique classique en chantant dans une chorale de mon école à Sebokeng (un township de Johannesburg). Mais les instruments étaient enfermés à clé, faute de professeur», raconte ce violoniste au regard rieur sous ses dreadlocks. «Depuis mes 12 ans, j’écoutais de l’opéra à la radio. A 15 ans, j’ai été invité à un concert du violoniste Philippe Graffin. C’était comme une voix soprano!»

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Fasciné, l’adolescent a appris à jouer avec des livres. «Les jeunes se moquaient de moi parce que j’écoutais la musique des Blancs plutôt que du hip-hop. Ma famille se plaignait du son grinçant. Mais j’ai persévéré et après trois ans, je pouvais jouer le 3e Concerto de Mozart.» En 2007, Zulu a obtenu une bourse pour intégrer une académie de musique. En 2012, il est devenu membre de l’Orchestre national des jeunes et, l’année suivante, de Miagi et de l’Orchestre philharmonique de Johannesburg, qui ne donne plus que des concerts occasionnels. Pour survivre, il joue dans deux groupes non classiques.

Aides à la baisse

«Quand j’ai fait venir l'English Chamber Orchestra en 2005, certains musiciens, qui ne savaient pas lire les partitions, ont dû apprendre par cœur des morceaux difficiles», se souvient Brooks, qui aime encourager les collaborations musicales. L’orchestre anglais a aussi joué avec le groupe zoulou Ladysmith Black Mambazo: l’album No Boundaries («Pas de limites»), issu de cet échange, a été nominé aux Grammy Awards. Miagi a aussi fait chanter ensemble Barbara Hendricks et Miriam Makeba, parmi tant d’autres.

Malgré tout, l’orchestre multiracial reçoit peu d’aides en Afrique du Sud. «Les subsides publics sont en baisse pour les arts de la scène et, en plus, certains ont un préjugé à l’égard de la musique classique, déplore Nozipho Bardill, ex-ambassadrice de l’Afrique du Sud en Suisse et ambassadrice de bonne volonté de Miagi. Pourtant, cet orchestre contribue à améliorer l’image internationale de l’Afrique du Sud, qui a souffert ces dix dernières années.»

Brooks fait face à la corruption et à bien d’autres obstacles: «On se méfie les uns des autres à cause du passé. Certains pensent que j’exploite les musiciens pour faire de l’argent. Ils ne croient pas que j’ai fondé Miagi par idéalisme. C’est dommage de devoir se battre tout le temps pour ses valeurs.»


Miagi Youth Orchestra, dans le cadre du Verbier Festival. Atelier pour enfants, je 26 à 10h, place Blanche. Concert gratuit, ve 27 à 17h30, place Centrale. www.verbierfestival.com

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