Coup de tonnerre dans les montagnes valaisannes: Verbier est annulé. C’est le premier des grands festivals suisses d'été à prendre une telle décision. D’autres lui emboîteront peut-être le pas. On croisait les doigts depuis la récente alerte des professionnels valaisans de la santé. Ils avaient révélé en fin de semaine passée que Verbier était un foyer important de coronavirus, et demandaient la mise en quarantaine du village et du val de Bagnes. Requête refusée par les autorités cantonales et fédérales, l’Office fédéral de la Santé publique (OFSP) n’ayant pas jugé que le foyer infectieux était suffisamment important pour justifier une mesure spécifique.

Le festival estival de musique classique est donc impacté. Un coup dur. Car, outre le fait qu’elle porte loin la renommée de la Suisse musicale, la manifestation est un acteur culturel et économique majeur de la région. Ses 10 millions de budget, ses 36 millions de retombées économiques décomptées en 2016 par l’étude McKinsey, ses 65 000 spectateurs saisonniers et son rayonnement international représentent un exemple du genre. On se disait que, d’ici au 17 juillet, les choses pouvaient évoluer positivement. Mais la nouvelle est tombée ce mercredi: le festival international n’aura pas lieu.

Alors que l’on fêtait dans l’euphorie les 25 ans de la manifestation en 2018 et que Martin Engstroem, son directeur et fondateur, envisageait l’avenir avec une détermination et des propositions enthousiasmantes, la nouvelle de l’annulation fait l’effet d’une bombe. «Cette décision est comme un coup dans le ventre. Elle coupe le souffle, mais nous devons continuer d’avancer», avoue le responsable, qui s’exprime au téléphone.

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Le Temps: Le festival devait débuter le 17 juillet, pourquoi avoir décidé maintenant de l’annuler?

Martin Engstroem: Nous n’avions pas d’autre choix. Verbier est un lieu très intime et différent des autres. Il n’y a pas que des concerts. Pendant trois semaines, les master classes et répétitions sont suivies par une grande communauté, une véritable famille de spectateurs et de locaux. Outre les musiciens solistes, les orchestres sont constitués de 300 jeunes du monde entier qui viennent pour travailler. Même si le virus s’est calmé à cette période, ce que nous souhaitons tous, nous ne pouvons pas prendre le risque que ces élèves amènent avec eux un virus silencieux et sournois, dont ils pourraient être porteurs sains. La potentielle reprise d’une contamination serait catastrophique.

Quand avez-vous commencé à envisager cette solution?

Cela fait plusieurs semaines que nous suivons attentivement la situation avec le conseil de fondation et le président de la commune de Bagnes. La décision a été très difficile, mais évidente pour tous.

Comment allez-vous procéder? Allez-vous payer les artistes, reporter...?

Pour la billetterie, nous proposons trois solutions: un remboursement de ceux qui le demandent, un report sur la prochaine édition ou un don pour ceux qui souhaitent nous soutenir. Sur les 2,5 millions que représente ce département, nous avons aujourd’hui vendu 40% des places. Les cas dépendent pour chacun de leur assurance et de leurs contrats en cas de force majeure. Chaque pays et chaque situation sont particuliers.

Le festival ou les partenaires peuvent-ils faire un geste?

Il est trop tôt pour le dire. Nous nous battons déjà pour notre survie. Même les grands festival ont une santé économique très fragile. Les partenaires privés ne s’engagent que sur une saison, rien n’est pérenne. Mais nous sommes privilégiés par rapport aux institutions qui travaillent sur toute l’année et qui vont subir de gros revers. Nous effaçons une saison, mais la suivante aura lieu.

L’édition 2021 n’est donc pas remise en question?

Non. Artistiquement, le programme est déjà prêt. Et il va falloir, comme chaque fois, repartir chercher des mannes privées.

Allez-vous déplacer des concerts l’an prochain?

Non, ce n’est pas possible, l’affiche est faite et il sera très difficile d’y ajouter quelque chose. Je vais essayer de reporter Don Giovanni sur la saison 2022… Et nous étudions avec notre partenaire Medici TV la possibilité d’organiser une forme de festival virtuel avec les archives dont ils disposent pour conserver une présence malgré tout.

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Quid des jeunes alumni?

Ils seront tous réinvités l’an prochain. Et nous compléterons pour ceux qui ne pourront pas venir.

Quelle perte financière représente l’annulation?

Nous en discutons avec la commune, le canton et la Loterie Romande pour que les subventions soient conservées au maximum.

Comment Verbier se relèvera de ce cauchemar généralisé?

Nous comptons sur le soutien de nos partenaires et de notre public. Et espérons que, d’ici à l’été prochain, un vaccin sera disponible. Le festival est en bonne santé et prêt à repartir. C’est un jeune adulte avec un bon système immunitaire. ll va se battre!