Toutes celles qui ont foulé les pavés de la piazza Grande vous le diront: marcher avec des talons hauts sur ces pierres arrondies est un exercice d'acrobate professionnelle. En choisissant, comme affiche, ce pari impossible et absurde – est-il vraiment nécessaire de se fouler la cheville pour aimer le cinéma? –, l'équipe d'Irene Bignardi, la nouvelle directrice de la manifestation, a sans doute voulu exprimer l'exercice périlleux dans laquelle elle est engagée depuis moins d'un an.

Elle a aussi souhaité marquer son territoire: hommage à Pedro Almodovar (le chouchou de la directrice) et réappropriation du léopard, motif tacheté éminemment féminin, hormis pour Johnny Weissmüller et quelques sorciers africains dans Tintin. Affiches, coussins ou stylos, Locarno se conjugue en léopard depuis 1968, année des grandes révolutions, décidément, où le félin avait été choisi pour remplacer la Voile d'or décernée jusque-là et pour rendre un peu plus féroce l'image pépère du festival. En sculptant, cette année-là,

le Léopard qui sert encore de récompense, l'artiste tessinois Remo Rossi se doutait-il un instant que ce symbole préparait un Locarno plus nerveux, certes, mais aussi plus féminin?