Culturistes en jupette, nymphettes aux décolletés plongeants, décors en carton – pâte, armées composées d'une poignée de figurants et licence plus que poétique envers l'histoire: le péplum italien, pour ne pas dire le film antique, biblique et mythologique fabriqué à Cinecittà, est passé à la postérité comme un sommet de ringardise cinématographique. Remis en selle par le goût actuel du «fun», mais aussi par trois décennies de cinéphilie «bis» plus circonspecte, sans oublier le succès récent de Gladiator, ce genre en vogue dans les années 1910 puis à nouveau entre 1950 et 1965 a la vie dure. On ne s'étonnera donc pas trop de voir Hercule, Maciste, Ulysse et les autres ressurgir à Locarno, sous la forme d'un hommage d'une dizaine de titres intitulé Olympe, extérieur jour: le péplum à l'italienne.

Confiée à Sergio Toffetti, vice-directeur de la Cinémathèque nationale de Rome, cette petite rétrospective est venue s'ajouter au dernier moment à celle consacrée aux Asiatiques dans le cinéma américain, renouant avec une tradition de collaboration avec l'Italie. On ne s'en plaindra pas. Ce genre populaire recèle en effet des trésors de beauté, d'inventivité et de drôlerie, pas toujours aussi involontaires qu'on a voulu le croire. Qui contesterait aujourd'hui la splendeur du Colosse de Rhodes de Sergio Leone ou la conscience parodique des Titans de Duccio Tessari? Impressionniste, ce tour d'horizon ne prétend pas rendre justice à une production qui avoisine les 180 titres dans sa période de gloire. Elle cherchera plutôt à créer de nouveaux adeptes ainsi qu'à attirer l'attention sur un patrimoine en piteux état, tant il fut longtemps snobé par toutes les cinémathèques. Avec à la clef, un projet de restaurations devenu urgent.

Alors que, qualitativement parlant, un véritable tri reste à faire, le tour d'horizon mise sur les valeurs sûres. On admirera ainsi avec le recul historique les audaces formelles du Cabiria (1914) de Giovanni Pastrone, tout en souriant des naïvetés de son scénario écrit à la sauvette par Gabriele D'Annunzio et de la première incarnation du surhomme Maciste. On observera avec moins d'indulgence les fourbissages d'armes de Scipion l'Africain (1937) de Carmine Gallone, fleuron du cinéma mussolinien. On s'étonnera de la cohérence d'Ulysse (1955) de Mario Camerini, écrit par un bataillon de scénaristes réputés, et on retrouvera son âme d'enfant avec Les Travaux d'Hercule de Pietro Francisci, succès public qui assura la gloire de l'ex-«Monsieur Univers» Steve Reeves.

Enfin, on constatera l'omniprésence du scénariste Ennio de Concini, véritable cheville ouvrière du genre, et la supériorité de Vittorio Cottafavi (Les Légions de Cléopâtre), seul cinéaste à avoir vraiment pris le genre au sérieux, le hissant parfois vers des sommets raciniens. A la comparaison, la réputation de Hercule au centre de la terre, de Maciste en enfer, et du Fils de Spartacus, même signés respectivement Mario Bava, Riccardo Freda et Sergio Corbucci, valeurs sûres du cinéma «bis», a tôt fait de se dégonfler, ce qui n'empêche pas de les trouver très amusants. Comme quoi un art vraiment populaire n'est jamais à négliger.