Le monde à l'envers. Il y a peu, les formations suisses programmées dans les festivals avaient le don de faire sourire. Alibi régional destiné à s'égosiller au pied d'une forteresse de têtes d'affiches internationales, la scène helvétique affichait alors une inspiration à la traîne, reproduisant avec dix ans de retard les plans à succès de ses aînés anglo-saxons ou américains. Tapis dans l'ombre, ces David aux guitares malingres ont cependant progressé, jusqu'à menacer de leur audace l'hégémonie des Goliath du rock mondialisé.

Démonstration faite au festival Rock Oz'Arènes d'Avenches jeudi soir, dans une configuration qui tient du cas d'école. De l'imposant Frank Black, dont les derniers éclairs de génie ont pris de la bouteille aux pathétiques Green Day, tout juste capables d'enflammer leur batterie à l'issue d'un concert déplorable, le rock à papa défile sur la grande scène avec son cortège de schémas éculés. Même Iggy Pop, animal en diable, peine à dépasser le ridicule de ses riffs préhistoriques et de sa voix fatiguée.

Pendant ce temps, sur la petite scène du Casino, le post-rock nerveux des Lausannois Honey for Petzi fait merveille face à un public clairsemé, tandis que les Genevois de Sinner DC déploient leurs atmosphères planantes au nez et à la barbe d'un public assommé par tant de lourdeurs américaines. Nul chauvinisme au demeurant dans ce constat, tant les groupes étrangers servant la musique d'aujourd'hui ne manquent pas. Encore faudrait-il avoir l'idée de les programmer.

Rock Oz'Arènes d'Avenches

ce soir dès 18 h avec Zorg, Eagle Eye Cherry, Pascal Parisot et Matmatah. Loc. TicketCorner. Rens. www.rockozarenes.com