écologie

Les festivals tentent de se mettre au vert

Verres consignés, navettes gratuites: les grands rendez-vous musicaux de l’été prennent toujours plus de mesures pour réduire leur impact environnemental. Un réflexe largement intégré en Suisse, malgré les disparités politiques et les impératifs économiques

Economie, politique, société, culture, sport, sciences: les enjeux écologiques traversent toutes les strates de notre société. Comment passer de l’analyse à l’action? Quelle est la part de décisions individuelles et celles qui relèvent de choix politiques? Pourquoi la complexité du défi ne doit pas nous décourager?

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L’annonce est tombée en février, avant même celle des classiques têtes d’affiche: cette année, les bouteilles en plastique à usage unique seront interdites au Glastonbury. Le célèbre festival de musique, qui voit s’amasser fin juin 200 000 personnes dans un immense pré du sud-ouest de l’Angleterre, espère ainsi éviter l’habituel million de bouteilles jetées durant le week-end.

Car si, pour beaucoup, les festivals représentent un monde rêvé de concerts brûlants et de gaufres au chocolat, ils prennent parfois de sérieux airs de dépotoir. On a tous en tête ces images de plaines boueuses jonchées de carcasses de tentes, tableaux peu glorieux qu’on associe aux mastodontes du genre, Glastonbury en tête. Pas étonnant que l’édition 2019 mise autant sur The Cure que sur ses fontaines à eau.

Prolifération de labels

Alors, opération de greenwashing ou véritable souffle écolo sous les chapiteaux? «Pendant longtemps, on s’est concentré sur l’impact économique des festivals. Mais ces dix dernières années, ils se sont multipliés et commercialisés en Europe, si bien que de plus en plus d’organisateurs, de décideurs et d’académiciens se sont penchés sur leur impact environnemental», estime Andrea Collins, professeure à l’Université de Cardiff et auteure d’un rapport sur l’empreinte carbone des événements culturels et sportifs.

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Tri des déchets, économie d’électricité ou food trucks locaux: ces préoccupations semblent plus que jamais à l’ordre du jour. D’ailleurs, les labels et organisations promouvant des festivals plus verts fleurissent – à l’instar de A Greener Festival, qui décerne des prix aux plus méritants. Des efforts encourageants, estime Andrea Collins, bien qu’«il n’existe pas de manière unique de calculer l’impact écologique d’une manifestation, ce qui rend les comparaisons difficiles».

Confettis biodégradables

En Suisse, où la concentration de festivals est l’une des plus fortes, certains n’ont pas attendu pour retrousser leurs manches. C’est le cas du Paléo. «Lors du lancement des Agendas 21 dans les années 2000, nous avions déjà créé une commission spéciale. Le respect environnemental fait partie de l’ADN du festival depuis ses débuts en 1976», détaille Jacotte Milhit, déléguée au développement durable du festival. Vingt ans plus tard, les chiffres sont fièrement affichés sur le site: sur les 300 tonnes de déchets produits chaque année, près de 60% sont désormais recyclés. Quant à l’énergie consommée, elle est certifiée 100% verte.

L’écologie s’invite jusque sur les scènes de l’Asse: «Par exemple, nous acceptons uniquement les confettis biodégradables, et seulement lorsqu’il n’y a pas trop de vent», explique Christophe Cucheval, responsable environnement et nettoyage.

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Mais en réalité, le cœur du problème serait ailleurs. «La moitié de notre impact provient du transport, en particulier celui des festivaliers. Ils sont environ 10 000 à prendre leur voiture chaque soir, souvent depuis Genève ou Lausanne», précise Christophe Cucheval. Qui relativise: «C’est toujours mieux que s’ils se déplaçaient pour voir ce même concert à New York!» Il n’empêche, le festival tente d’encourager une mobilité douce, à travers son service de trains et navettes ainsi qu’un meilleur accueil des cyclistes. Des expériences qui séduisent de plus en plus de mélomanes et que les organisateurs partagent, de manière informelle, avec d’autres festivals romands.

Fatales incohérences

Une initiative tente de fédérer ces élans. Née en 2010 sous l’égide du comité Swiss Olympic, la Manifestation Verte rassemble une douzaine de villes et cantons qui s’engagent pour des événements respectueux de l’environnement. Grâce à un questionnaire en ligne, la plateforme permet d’évaluer la performance écologique, offre des recommandations (une poubelle tous les 25 mètres) et des rencontres de réseautage. Le tout sur une base purement volontaire. «Car, au niveau politique, l’engagement demeure hétérogène, explique Peter Lehmann, directeur de Sanu Future Learning, qui forme et conseille les professionnels en matière d’environnement. Un canton peut exiger de ses festivals qu’ils respectent, ou non, certaines exigences écologiques.» Ainsi, Bâle-Ville impose une vaisselle recyclable, alors qu’il n’en est rien à Zurich.

Ce n’est pas non plus le cas sur les rives du lac de Neuchâtel, où s’installera Festi’neuch à la mi-juin. Grâce à une armada de bénévoles chargés d’assurer la propreté du site, au tri des déchets à la source et à un tournus de 160 000 verres consignés, le festival a vu ses sacs poubelles se désemplir au fil des années. Nouveauté en 2019, les pailles, touillettes et ballons gonflables disparaîtront du paysage… mais pas les assiettes en plastique. «Hors montage et démontage, ce sont les stands externes qui amènent leur propre vaisselle, explique Lou-Anne Duthoit, responsable communication du festival. Nous étudions diverses options, mais il serait compliqué et très coûteux de mettre en place un système alternatif.»

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Tout comme de s’opposer aux desiderata de certains sponsors, dont le soutien financier reste primordial. «On peut réduire au maximum l’impact environnemental, mais le bilan ne sera jamais neutre, conclut Lou-Anne Duthoit. Et il est difficile de garantir qu’il n’y ait pas d’incohérences.»

Difficile, mais de moins en moins toléré. A l’heure des réseaux sociaux, tout faux pas photographié est synonyme de mauvaise publicité pour le festival pollueur, comme l’explique Warwick Frost, chercheur à l’Université La Trobe, à Melbourne. «Aujourd’hui, il y a une réelle attente de la part du public cible, jeune et sensibilisé. Les festivals reflètent les changements plus généraux de notre société: le réflexe «vert» y est davantage intégré.»

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