Editorial

La fête du Goncourt

Hier le Médicis. Aujourd’hui, le Goncourt. C’est vers 13 h que les jurés du plus prestigieux des prix littéraires francophones annonceront leur lauréat 2012. Quatre finalistes sont en lice. Parmi eux, un jeune homme de 27 ans, Joël Dicker, Genevois, auteur de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert. Pour la première fois depuis 1973, année où Jacques Chessex remportait le trophée avec L’Ogre, un romancier suisse se retrouve en position de connaître la plus forte attention médiatique et publique qui soit.

Avant même d’apprendre le résultat ou dans l’impatience de celui-ci, on peut déjà s’émerveiller de la fête qui a lieu ­depuis plusieurs semaines: un livre de 650 pages qui mêle suspens et jeux de miroirs sur l’écriture suscite des transports de passion chez les lecteurs, du professeur d’université à la boulangère, du banquier au chauffeur de bus. Depuis lundi, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert se classe en deuxième position dans les meilleures ventes en France, juste derrière 50 nuances de Grey.

Tout le monde peut faire le sondage dans sa famille, parmi ses voisins ou ses collègues: l’engouement qu’engendre le livre provient de son pouvoir de captation, de ravissement au monde alentour. Ce qui est en jeu, c’est cette relation unique qui se noue entre un récit, son auteur et son lecteur. C’est cette joie d’enfant, rare, qui fait que l’on se précipite le soir pour retrouver les personnages abandonnés la veille. C’est, une fois le livre ouvert, ce silence particulier qui tombe sur le monde réel et qui permet aux voix de papier de prendre, impérieusement, le dessus. Fête du livre et de ses pouvoirs ensorceleurs, donc.

Fête, aussi, de voir des barrières tomber. Entre Paris et la Suisse romande. Longtemps, le Paris littéraire se dressait telle une citadelle imprenable de contes et légendes face à des écrivains et auteurs romands désabusés, battus d’avance. Depuis 2009, le vent tourne. Joël Dicker assène un coup fatal à l’isolement insulaire du monde littéraire suisse romand.

Fête, enfin, parce que le Prix Goncourt lui-même semble connaître une euphorie nouvelle. Grâce, peut-être, à l’arrivée de nouveaux jurés, des règles sont tombées comme l’attention quasi exclusive aux livres des grands éditeurs.

Et puis, il s’agit de savourer cette atmosphère qui rappelle les finales sportives en plus feutré, certes. Où une ville, une région a le cœur qui bat pour l’enfant du pays.

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