Dégustation

La Fête des Vignerons en cinq bouteilles

Pour célébrer la diversité des vignobles couverts par la Confrérie des Vignerons, plusieurs années de travail ont donné naissance à des vins spéciaux qui valent le détour. «Le Temps» les a dégustés en compagnie d’une experte

Quel est le comble pour un visiteur de la Fête des Vignerons? Repartir sans avoir goûté aux produits de la vigne! D’autant que certains crus ont été développés et embouteillés spécialement pour l’occasion. Daniel Dufaux, président de l’Union suisse des œnologues, a pris en charge leur élaboration il y a déjà deux ans. Le résultat aujourd’hui: deux vins rouges (gamay-gamaret), deux vins blancs (chasselas) et un rosé (pinot-gamay), issus des récoltes des régions couvertes par la Confrérie des Vignerons, à savoir le Chablais et le Lavaux. Si les vendanges et moûts proviennent de nombreux producteurs des terroirs concernés, ils ont été vinifiés ensemble, respectivement par les Maisons Obrist et Badoux.

En cette période de fête, Le Temps explore les saveurs de ces vins en compagnie de la vigneronne-encaveuse valaisanne Véronyc Mettaz-Vodoz, qui fait partie des jurys de dégustation pour le Grand Prix du vin suisse et la Sélection des vins du Valais. Elle nous en dresse un tableau olfactif et gustatif enthousiasmant.

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  • Les vins blancs: chasselas

Si vous êtes d’humeur à déguster l’entier de la palette de vins mise à disposition, il est préférable de commencer par le Lavaux, au nez plus discret, dont la saveur s’oriente vers une tendresse florale. «On parle des trois soleils dans cette région: l’astre, bien sûr, mais aussi le reflet dans le lac, et surtout les murs de pierres qui emmagasinent la chaleur dans la journée pour la redistribuer durant la nuit», explique Véronyc Mettaz-Vodoz.

Ce terroir est également plus tempéré que le Chablais en raison du lac, et les précipitations y sont nombreuses, ce qui donne au climat des airs méditerranéens. La vigneronne relève un aspect léger et convivial dans ce premier vin blanc, mais note qu’il manque de corps en comparaison avec la persistance du Chablais. Cette région se caractérise par les effets du foehn, qui réchauffe les vignobles en automne. «Ce sont deux très bons vins, tous deux sont assez discrets au nez, mais on trouve dans le deuxième une belle minéralité, plus de caractère et de matière. J’apprécie son aspect fruité.» En définitive, il s’agira du meilleur verre de la dégustation.

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  • Le rosé: pinot-gamay

Le raisin rouge utilisé pour la production du rosé n’a pas cuvé avec la peau du fruit pendant plusieurs jours, contrairement à celle du vin rouge; il a directement été pressé dans son entier après la récolte. Les anthocyanes, colorants naturellement présents dans la peau du raisin, sont alors séparés du moût, qui prend finalement cette teinte plus claire. Les nuances dépendent ensuite des cépages, ici un assemblage de pinot noir et de gamay. Le rosé de la Fête des Vignerons prend du temps à offrir ses effluves: d’abord discret, il s’ouvre petit à petit pour enfin révéler une odeur de rose fraîche du jardin.

«C’est un très joli nez! Il pourrait être un peu plus parfumé», sourit la Valaisanne. Elle finit par louanger la structure du vin, les arômes exhalant joyeusement en raison de la présence généreuse des tannins, qui proviennent principalement des pépins de raisin. Ce rosé a une belle rondeur, c’est-à-dire qu’il remplit agréablement le palais d’un effluve alcoolisé prédominant. Enfin, Véronyc Mettaz-Vodoz salue sa longueur en bouche: les saveurs subsistent plusieurs secondes, laissant un souvenir agréable aux dégustateurs.

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  • Les vins rouges: gamay-gameret

«Deux très bons vins qui ont des caractéristiques de structure différentes», commente Véronyc Mettaz-Vodoz. Le Lavaux est un peu plus foncé, tendant vers le pourpre, et présente un nez discret. Mais, une fois en bouche, les deux cépages se marient de manière très harmonieuse. Une masse tannique généreuse lui vaut une certaine astringence, c’est-à-dire une sensation d’amertume au niveau du palais. Cela dit, il offre également une douceur plus soulignée que son homologue.

Le Chablais, quant à lui, séduit l’œil de sa robe carmin et envoûte les sens de son nez fruité. Il offre également une très belle attaque en bouche: c’est la première impression une fois que le liquide est entré en contact avec les papilles; elle est florale et parfumée. La vigneronne repère les structures des cépages plus distinctement dans ce vin, notamment la force du Gamay. Elle en apprécie la longueur en bouche et termine la dégustation en lui assignant son deuxième coup de cœur.

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Pour les papilles averties comme les amateurs néophytes, la cuvée spéciale Fête des Vignerons se déguste avant ou après le spectacle, face au Léman à la Terrasse de la Confrérie comme dans les nombreux caveaux veveysans. Santé!

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