Spectacle

La Fête des Vignerons proclamée à Vevey

Sous un ciel de plomb, les Veveysans ont découvert quelques couleurs et musiques de la Fête lors de la Proclamation, un rituel qui marque le lancement officiel des réjouissances

Le joli mois de mai a la mine sombre à Vevey, en ce samedi qui compte encore 74 jours avant l’ouverture de la Fête des Vignerons. Un ciel de plomb pèse sur un lac d’ardoise, un couvercle de nuages obture les Dents-du-Midi et le Grammont quand tout à coup, roulez tambours, un arc-en-ciel ruisselle à travers les Jardins du Rivage jusqu’aux Terrasses de la Confrérie de l’arène. Les robes bleu de gel et jaune de soleil des femmes bourgeons tranchent dans la grisaille, le rouge coquelicot des membres du Chœur de la Fête flamboie, les jupons des Effeuilleuses froufroutent façon french cancan tandis que l’Harmonie de la Fête, aux livrées plus automnales, porte l’œil globuleux, l’antenne spiralée et les élytres d’une nuée d’insectes.

Lire aussi: La Fête des Vignerons a fait son casting des vaches

L’instant est suspendu entre vie quotidienne d’une petite ville et mythologie séculaire. Les cygnes barbotent indifférents autour de l’embarcadère. Un bateau de la CGN, La Suisse, corne puissamment, les marins lèvent leur casquette, et c’est comme si le Léman donnait le coup d’envoi des festivités. Le cortège se met en branle vers une «geste immémoriale dite avec les mots d’aujourd’hui», selon les termes de François Margot, l’abbé-président de la Confrérie des Vignerons, très chic sous son monumental couvre-chef de paille et dans sa veste parme relevée d’un foulard printanier.

Au son des fifres et tambours, quelque 400 figurants emboîtent le pas aux Cent-Suisses portant hallebardes pour se diriger vers les Galeries du Rivage. Une foule dense et fervente se presse sous la voûte d’une salle de basket pour la Proclamation de la Fête des Vignerons. Jadis, ce rituel servait à annoncer les dates et trouver des figurants pour défiler et des volontaires pour monter les estrades; aujourd’hui, c’est l’occasion d’apercevoir les couleurs à venir et de lever son verre à la réussite de l’entreprise.

Vrilles malicieuses

Le chœur écarlate entonne Hymne à la Terre, musique de Valentin Villard, paroles de Blaise Hofmann. Après cette célébration ardente et mélancolique de la glèbe, François Margot délivre le message officiel. Il évoque «la magie de la musique, la couleur des costumes, la dramaturgie de l’émotion» s’apprêtant à illustrer les gestes de l’homme en se basant sur ceux du vigneron. Car la Fête pose le travail de la vigne comme métaphore de l’activité humaine, Vevey comme capitale d’une communion avec la nature. «Célébrez avec nous le génie de cette terre, dans les joies et la reconnaissance. Ora et labora», lance l’abbé-président en guise de péroraison.

Retrouvez tous nos articles sur la Fête des Vignerons

Elina Leimgruber, première syndique de l’histoire de Vevey, accueille cette proclamation «avec joie, enthousiasme et fierté». Elle promet d’accompagner les réjouissances avec rigueur et bienveillance. Elle espère que les critiques feront place à l’engouement, que les valeurs de travail, de partage, de communion trouveront leur juste place dans la ville – car évidemment, les bouleversements que provoque la Fête agacent quelques commerçants et amis de l’automobile.

L’Harmonie insectoïde interprète La Montferrine, un des tubes de la Fête depuis 1865. Splendidement arrangée par Valentin Villard, cette danse piémontaise rutile joyeusement, tournoie comme un carrousel et reprend son souffle sur des decrescendo pleins de vrilles malicieuses. Dans Vendanges 2, qu’il a composé sur des paroles de Blaise Hofmann, Jérôme Berney accompagne le chœur au cajon – en l’occurrence une caissette jaune à vendanges. Et Trois Soleils, musique de Maria Bonzanigo paroles de Stéphane Blok, tangue avec bonheur. Absent du ciel, le soleil a fini par resplendir dans la musique et les cœurs.

Publicité