Viticulture

Fête des Vignerons: le sacre de la reine Corinne

Corinne Buttet, vigneronne-tâcheronne de Chardonne, est la première femme de l’histoire à être couronnée à Vevey. Levons nos verres!

Il y a eu Eve, la première femme. Puis Ruth, la première présidente de la Confédération. Voici Corinne, la première vigneronne-tâcheronne consacrée par la Fête des Vignerons. La Cérémonie du Couronnement est la raison d’être des réjouissances veveysannes. Laissée de côté lors des éditions précédentes, elle a retrouvé sa place centrale cette année. Lors de la première du spectacle, 70 vignerons ont été convoqués sur le LED floor. L’Abbé-Président les a appelés. Passant devant la haie d’honneur des Cent-Suisses, ils ont gravi les degrés pour toucher des médailles de bronze, d’argent et d’or.

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Ces récompenses sont attribuées au terme d’un long travail mené par la Commission des Vignes de la Confrérie des Vignerons. Tous les trois ans, les experts inspectent le vignoble. Au printemps, ils observent l’évolution de la vigne, la taille, le maintien du sol et la lutte contre l’érosion; en été, le bourgeonnement, les soins à la plante, la lutte contre les ravageurs; en automne, la maîtrise de la récolte. Les évaluations sont pointues et tempérées par des facteurs comme la superficie de la parcelle et la difficulté du terrain. Elles peuvent se jouer au millième de point.

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De l’or pour les braves

Médaillés d’or, six vignerons-tâcherons ont été couronnés par l’Abbé-Président: Antonio Figliola, de Chexbres, qui jouait dans la Banda des Tâcherons en 1999; Jean-Noël Favre, d’Aigle, qui a calculé que si on mettait bout à bout tous les murs de pierres qui charpentent les parchets de Pully à Ollon, on approcherait la longueur de la Grande Muraille de Chine; Jean-François Franceschini, d’Yvorne, qui, très ému, porte deux couronnes, une sur la tête, l’autre, reçue en 1999, à la main; et Jean-Daniel Suardet, d’Yvorne aussi.

Jean-Daniel Berthet, d’Epesses, est le primus inter pares. Il reste toutefois un peu dans l’ombre de Corinne Buttet. Si la dame de cœur l’emporte aujourd’hui sur le roi de pampre, c’est que pour la première fois de l’histoire de la Fête, qui commence en 1797, une femme est couronnée. La viticultrice de Chardonne, le port altier et le visage buriné par les trois soleils de Lavaux, peine à se rendre compte qu’elle est entrée dans l’Histoire. Habituée à une forme de solitude laborieuse, elle est emportée par le tourbillon médiatique. Très «émotionnée», elle dédie sa victoire à tous ses amis et employés, rappelant qu’il s’agit d’un travail collectif.

Née il y a 54 ans à Chardonne de parents vignerons, elle a commencé par détester la vigne, refusant d’y aller. Vers l’âge de 30 ans, l’appel de la terre a été le plus fort. Elle n’a pas supporté de voir partir le travail d’une vie, le passage de la taille en gobelet à la vigne sur fil mené par son père. «C’est ce qui m’a décidée. Ça doit être dans le sang. D’ailleurs, mon fils apprend le métier de la vigne.» Depuis dix-neuf ans, elle s’occupe du magnifique domaine des Allours, et depuis douze ans elle travaille pour Obrist SA.

Au début, elle a dû jouer des coudes pour faire sa place dans un monde d’hommes, mais n’a jamais senti d’animosité et se sent parfaitement intégrée. Son métier exigeant ne laisse guère de loisirs. Quand elle en a le temps, Corinne Buttet, qui adore les voyages, s’envole pour le Canada. Ses yeux brillent quand elle évoque la tranquillité des vastes espaces nord-américains.

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